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Mali : la fragilité de la junte réactive l’influence algérienne dans la région

  • il y a 3 jours
  • 2 min de lecture

La dégradation spectaculaire de la situation sécuritaire au Mali fragilise la junte et rouvre un espace diplomatique qu’Alger, malgré des années de recul, tente de réinvestir. Mais cette reprise d’influence reste fragile, contestée et inscrite dans un paysage sahélien profondément recomposé.


L’effondrement progressif de la stratégie sécuritaire de la junte malienne, documenté par plusieurs médias internationaux réputés pour leur rigueur, constitue aujourd’hui un tournant majeur au Sahel. Les analyses convergent : les putschs successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger n’ont pas apporté la stabilité promise. Au contraire, les groupes djihadistes ont étendu leur rayon d’action, multiplié les attaques coordonnées et démontré une capacité opérationnelle accrue, y compris dans des zones autrefois considérées comme sécurisées. Le Monde diplomatique souligne que la violence armée a triplé depuis 2021 et que les capitales elles‑mêmes ne sont plus épargnées.


Dans ce contexte de revers militaires et de perte de contrôle territorial, la junte malienne se retrouve affaiblie, ce qui redonne mécaniquement une pertinence à l’option diplomatique. C’est précisément dans cet interstice que l’Algérie réapparaît. Historiquement médiatrice centrale du dossier malien — notamment avec les Accords d’Alger de 2015 — Alger avait vu son rôle marginalisé par la montée d’un discours souverainiste agressif à Bamako, par l’arrivée de nouveaux partenaires comme la Russie, et par la concurrence régionale, notamment marocaine.


Mondafrique rappelle que la détérioration des relations entre Alger et Bamako est profonde, nourrie par la dénonciation unilatérale des Accords de paix, la militarisation du Nord et la stratégie de confusion de la junte assimilant rébellion touareg et terrorisme.


Pourtant, les récents revers de la junte — attaques meurtrières, pertes symboliques, incapacité à stabiliser le pays malgré l’appui russe — réinstallent Alger dans une position que personne d’autre ne peut réellement occuper : celle d’un acteur frontalier, doté d’une connaissance fine des dynamiques touarègues, disposant d’un capital diplomatique accumulé sur plusieurs décennies et reconnu par les acteurs internationaux. Même les tensions bilatérales, illustrées par l’affaire du drone abattu à Tinzaouaten, n’effacent pas cette réalité : l’Algérie demeure un passage obligé pour toute solution politique durable, comme le souligne Ouest‑France en décrivant la crispation croissante entre Alger et les juntes sahéliennes, signe paradoxal de l’importance stratégique de l’Algérie dans la région.


Cependant, cette reprise d’influence n’est ni automatique ni incontestée. Jeune Afrique et d’autres médias rappellent que le Maroc avance ses propres pions au Sahel, combinant investissements économiques, coopération religieuse et diplomatie proactive, ce qui réduit l’espace traditionnel d’Alger . De plus, la junte malienne, acculée mais toujours hostile à toute médiation perçue comme intrusive, pourrait instrumentaliser la tension avec Alger pour renforcer sa légitimité interne.


En somme, l’Algérie recouvre une partie de son influence non pas parce que Bamako la sollicite, mais parce que l’échec militaire de la junte rend à nouveau indispensable une solution politique — et qu’aucun autre acteur régional ne possède l’expérience, les réseaux et la crédibilité nécessaires pour l’incarner. La question centrale devient alors : cette fenêtre d’opportunité permettra‑t‑elle à Alger de reconstruire une architecture de stabilité, ou sera‑t‑elle refermée par les rivalités régionales et l’entêtement des régimes militaires sahéliens ?


Nadia B



 
 
 

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