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Maroc/France: "Nos relations ne sont ni bonnes ni amicales"


Plusieurs actualités ont rafraichi les relations entre la France et le Maroc récemment, dont la résolution européenne sur la liberté d’expression au Maroc, Qatargate et enfin le report d’une visite d’Emmanuel Macron à Rabat.



Le président de la République Française a assuré il y a quelques jours que ses relations avec le roi du Maroc, Mohammed VI étaient "amicales". Une sortie qui fait réagir à Rabat : les autorités marocaines ont répondu et évoquent des relations "ni bonnes ni amicales" avec la France.


Si l'Élysée refuse de parler d'une crise diplomatique avec le Maroc, les relations entre les deux pays sont très dégradées. La question épineuse des visas est loin d'être la seule à éloigner Paris et Rabat.


Au cours des derniers mois, une visite officielle d'Emmanuel Macron au Maroc a été repoussée à plusieurs reprises.



Emmanuel Macron est arrivé au Gabon, première étape d'une tournée africaine. Un déplacement qui fait suite à un discours centré sur les relations entre la France et l’Afrique, le 27 février.


Durant la conférence de presse qui avait suivi, le chef de l'État avait évoqué les liens entretenus avec le Maroc. Si le président de la République avait évoqué des sujets de tension, il affirmait que ses relations avec le roi Mohammed VI étaient "amicales".


Du côté de Rabat, cette sortie a semble-t-il été mal digérée : le site Jeune Afrique s'est rapproché des autorités marocaines, qui prennent leurs distances avec Emmanuel Macron et apportent une réponse cinglante : "Les relations ne sont ni amicales ni bonnes, pas plus entre les deux gouvernements qu’entre le Palais royal et l’Élysée", rétorquent-elles. Une sortie qui illustre la froideur des échanges entre les deux pays depuis maintenant plusieurs années.


Plusieurs "points de tension ont été volontairement occultés", souligne-t-on côté marocain, sans chercher à maquiller les désaccords profonds entre les deux pays.


Pour tenter de normaliser les relations entre la France et le Maroc, une visite d'Emmanuel Macron était programmée fin 2022, mais celle-ci a finalement été repoussée à février.


Il y a quelques semaines, ce déplacement était de nouveau décalé : il doit en théorie intervenir en ce mois de mars.


Notons que, hasard du calendrier, le chef de l'État français et le roi Mohammed VI séjournent actuellement tous les deux au Gabon. Une présence simultanée qui ne devrait toutefois pas se traduire par une rencontre, glisse Jeune Afrique.


À l'automne 2021, la France avait annoncé sa volonté de réduire de manière drastique le nombre de visas accordés aux voyageurs marocains. Leur nombre a été divisé par deux, tout comme pour les Algériens. Dans le même temps, ceux pour les Tunisiens devaient également diminuer d'un tiers. Une manière, pour Paris, de mettre la pression sur les pays du Maghreb : ces derniers, dont le Maroc en première ligne, étaient alors accusés de freiner l'accueil sur leur sol de leurs ressortissants en situation irrégulière et visés par des expulsions du territoire français.


Pour que les expulsions soient effectives, les pays d'accueil doivent délivrer des "laissez-passer consulaires". En ne fournissant qu'un nombre très réduit de ces documents, les procédures se retrouvaient alors gelées.


Le Maroc, comme ses voisins, a vu la décision des autorités françaises comme une forme de chantage, ainsi qu'une atteinte à la liberté de circulation.


Paris, de son côté, assumait sa volonté de mettre la pression sur ses voisins méditerranéens afin qu'ils accentuent leur coopération en matière de gestion des flux migratoires. "Nous avons pris les mesures, avec nos partenaires marocains, pour restaurer une relation consulaire normale", assurait en décembre la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna. En voyage dans le royaume, elle se félicitait des avancées observées avec son homologue. La diplomatie marocaine, quant à elle, évoquait une rencontre qui allait "dans le bon sens".


Si l'épineux dossier des visas semble en voie de résolution, une autre affaire continue pour sa part de compliquer les relations entre France et Maroc. Révélée par un consortium de médias internationaux, une affaire d'espionnage a mis en exergue la surveillance de quelque 50.000 personnes à travers le monde (femmes et hommes politiques, journalistes, militants des droits humains, etc.) par le biais d'un logiciel espion nommé Pegasus, mis au point par une société israélienne. Plusieurs gouvernements ont été mis en cause, dont celui du Maroc.


En conséquence, le Parlement européen a diligenté une commission d'enquête en avril 2022 pour que ces abus. Les autorités marocaines n'ont pas apprécié d'être mis en cause dans ce dossier, et n'hésitent pas à incriminer Paris. "L’implication des médias et de certains milieux français dans la genèse et la promotion de l’affaire Pegasus ne pouvait pas se faire sans une implication des autorités françaises", glissait encore ces derniers jours à Jeune Afrique une source diplomatique.


Courant janvier, le Parlement européen a très largement adopté à Strasbourg un texte non contraignant visant le Maroc.


Par 356 voix pour, 32 contre et 42 abstentions, l'institution a demandé "instamment" aux autorités du royaume de garantir "la liberté d'expression et la liberté des médias" ainsi que de s'assurer que les "journalistes incarcérés" puissent bénéficier d'un "procès équitable".


Rabat a très vivement réagi à cette mise en cause, estimant que ce vote avait été très largement porté par les eurodéputés français de Renew, le groupe qui représente la majorité présidentielle d'Emmanuel Macron. Le ministère marocain des Affaires étrangères a réagi en assurant que le pays ne serait ni "effrayé ou intimidé" par ces prises de position.


Au cours de l'année écoulée, les liens entretenus par la France avec l'Algérie ont constitué un sujet de crispation et de tension à Rabat, alors que le Maroc et son voisin entretiennent une rivalité de longue date, cristallisée par la question délicate du statut du Sahara occidental, devenu l'objet d'une crise diplomatique.


Dans ce contexte, la visite d'Emmanuel Macron dans les premiers mois qui ont suivi sa réélection ont suscité des crispations. Un déplacement à l'issue duquel l'Élysée insistait sur "les destins liés" de l'Algérie et de la France, ainsi que sur les "liens humains inestimables" tissés à travers le temps.


Cela s'ajoute à la visite des 23 et 24 janvier dernier du chef d’état-major de l’armée nationale populaire, Saïd Chengriha. Décrit par la presse comme "très anti-marocain", il s'est rendu dans l'hexagone en répondant à une invitation formulée par son homologue français.


La rédaction

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