Médias algériens : la normalisation inquiétante des articles « sur commande »
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Il fut un temps où les médias algériens tentaient au moins de sauver les apparences. Aujourd’hui, certains ne prennent même plus cette peine. La publication d’articles « à la demande » — rédigés pour servir un agenda précis plutôt que pour informer — est devenue une pratique tellement banale qu’elle en devient presque revendiquée. Les mêmes papiers circulent, copiés-collés, vaguement réarrangés, comme si le lecteur n’était qu’un simple consommateur de contenu préfabriqué.
Depuis quelques années, cette dérive s’est installée durablement dans une partie de la presse nationale. Ce qui relevait autrefois du discret recyclage éditorial est désormais assumé : répétitions flagrantes, réécritures superficielles, diffusion coordonnée de contenus identiques. Une mécanique bien huilée qui trahit une presse sous pression, dépendante de financements, de réseaux d’influence ou de consignes éditoriales qui dépassent parfois la rédaction elle-même.
El Watan, L’Expression : quand les “références” s’alignent
Même des titres longtemps considérés comme sérieux, tels qu’El Watan ou L’Expression, se retrouvent pris dans cette logique. On y observe les mêmes angles, les mêmes formulations, les mêmes conclusions, parfois même les mêmes paragraphes entiers.
On ne parle plus ici d’une coïncidence éditoriale, mais d’une véritable production industrielle d’articles calibrés, prêts à être diffusés en série. Le message est limpide : l’information n’est plus un travail journalistique, mais un produit livré clé en main.
Le lecteur algérien pris pour un mouton
Ce qui choque le plus, c’est le mépris implicite envers le public. En recyclant les mêmes contenus sans effort, certains médias semblent considérer les lecteurs algériens comme des moutons, incapables de remarquer les répétitions ou de questionner la qualité de ce qu’on leur sert.
Mais la réalité est tout autre : les lecteurs voient, comparent, analysent. Ils constatent que la presse tourne en rond, qu’elle répète les mêmes narratifs, qu’elle évite soigneusement les sujets qui dérangent.
Cette perte de confiance n’est pas un dommage collatéral : c’est la conséquence directe de ces pratiques.
Le rôle d’un média n’est pas de relayer des consignes, mais d’enquêter, de vérifier, de confronter et d’informer. En publiant des articles « sur commande », certains journaux renoncent à leur mission fondamentale. Ils deviennent des relais, pas des acteurs de l’information.
L’Algérie mérite mieux
Le pays regorge pourtant de journalistes compétents, passionnés, capables de produire un travail rigoureux et courageux. Mais tant que les rédactions privilégieront la facilité, la complaisance ou la dépendance à des intérêts extérieurs, la presse continuera de s’enfoncer dans une crise de crédibilité.
L’Algérie mérite une presse libre, exigeante, et surtout respectueuse de son public.
Les lecteurs ne sont pas des moutons. Ils attendent — et exigent — une information digne de ce nom.
Nadia B