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Nuñez–Darmanin : Paris et Alger rouvrent le canal régalien

  • il y a 2 heures
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À la « Tribune Dimanche » de ce 17 mai, le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez a confirmé que son homologue algérien Saïd Sayoud se rendrait à Paris « dans quelques jours ». Une visite annoncée à la veille du déplacement du garde des Sceaux Gérald Darmanin à Alger, ce lundi 18 mai.  


Trois mois après s'être déplacé à Alger à l'invitation du ministre algérien de l'Intérieur, Nuñez retourne la séquence. « Je vais accueillir mon homologue algérien ici dans quelques jours. C'est un signal très positif. Une coopération sécuritaire se réinstaure progressivement », a déclaré le successeur de Bruno Retailleau à Beauvau. Pour rapple, depuis le rappel de l'ambassadeur Stéphane Romatet à l'été 2025, aucun ministre algérien régalien ne s'était rendu officiellement à Paris.  


L'interview de la « Tribune Dimanche » tranche surtout avec la ligne défendue pendant des mois par le précédent locataire de la Place Beauvau. Interrogé sur la stratégie du « rapport de force » avec Alger défendue par son prédécesseur Bruno Retailleau, le ministre souligne que « sur la partie sécuritaire et migratoire, nous sommes obligés de discuter avec l'Algérie ». « C'est un grand pays, qui a un certain savoir-faire en matière de renseignements et de sécurité. Avoir des échanges avec lui est nécessaire », abonde-t-il.  


La phrase la plus politique de l'entretien vise à peine son destinataire. « Quel est l'intérêt d'avoir un bras de fer dans ces conditions ? », interroge Nuñez, avant d'estimer que « ceux qui ne cherchent qu'à braquer l'Algérie ne pensent pas aux intérêts de la France, mais à leurs intérêts électoraux ». Le tir vise la droite Les Républicains, dont Retailleau est désormais le président, et qui a fait de la dénonciation de l'accord franco-algérien de 1968 un marqueur de campagne pour 2027.  


Le ministre rappelle dans le même mouvement que « plusieurs millions de personnes de part et d'autre de la Méditerranée sont concernées par la relation franco-algérienne et la vivent très directement ». Une manière de replacer la question algérienne hors du champ purement migratoire, là où elle s'était enlisée sous le précédent ministre.  


Le déplacement de Gérald Darmanin, annoncé samedi par la Chancellerie, donne la mesure du moment. Le garde des Sceaux sera reçu lundi 18 mai par son homologue Lotfi Boudjemaa. Selon le ministère français de la Justice, ce déplacement vise à ouvrir « un nouveau chapitre de la coopération judiciaire entre nos deux pays », sur la base d'échanges politiques et judiciaires « de haut niveau ».  


La composition de la délégation française est, elle, inédite. Gérald Darmanin sera accompagné en Algérie par « des magistrats de haut niveau », à savoir Laureline Peyrefitte, directrice des affaires criminelles et des grâces (DACG) au ministère de la Justice, Vanessa Perée, procureure nationale anti-criminalité organisée (PNACO) et Pascal Prache, procureur national financier (PNF). Trois noms qui valent programme. Narcotrafic, criminalité organisée transnationale, délinquance économique et financière, et plus sensible encore, le dossier des « biens mal acquis ».  


Sur ce dernier point, Paris arrive avec un dossier embarrassant dans la valise. Au chapitre des affaires de biens mal acquis, on pense notamment à celle de l'ancien ministre de l'Industrie Abdeslam Bouchouareb, réclamé par la justice algérienne mais que la justice française a jusqu'ici refusé d'extrader. Le contentieux est ancien. Il avait nourri une partie du discours algérien sur la mauvaise foi française pendant toute l'année 2024.  


Officiellement absent du communiqué de la Chancellerie, le cas du journaliste Christophe Gleizes pèsera sur les entretiens. Le journaliste, incarcéré depuis juin 2025 en Algérie où il a été condamné en première instance et en appel à 7 ans de prison ferme, a renoncé à son pourvoi en cassation devant la Cour suprême, ce qui ouvre la voie à une possible grâce présidentielle. La décision a été annoncée le 5 mai par sa famille.  


L'autre dossier, plus discret, concerne l'agent consulaire algérien détenu en France. Parmi les autres questions en suspens entre Alger et Paris, il y a le cas de l'agent consulaire algérien incarcéré en France depuis une année et dont la détention provisoire a été prolongée en mars dernier pour une année supplémentaire. Le sujet n'est jamais évoqué publiquement par Paris, il l'est à chaque entretien bilatéral à Alger.  


Darmanin sera le troisième membre du gouvernement français à fouler le tarmac d'Alger depuis février. Gérald Darmanin est le troisième membre du gouvernement français à se rendre en Algérie ces derniers mois après le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, dont la visite en février dernier a permis la relance de la coopération sécuritaire et migratoire, et la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, Alice Rufo, qui a assisté vendredi 8 mai à la commémoration des massacres du 8 mai 1945 à Sétif, en compagnie de l'ambassadeur Stéphane Romatet qui a rejoint son poste à Alger le même jour plus d'une année après son rappel par le gouvernement français.  


Sophie K.  



 
 
 

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