Ali Mameri a écopé de dix ans de prison pour avoir osé dénoncer la corruption
- cfda47
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La condamnation d’Ali Mameri, jeune syndicaliste et fonctionnaire de la Maison de la Culture de Oum-El-Bouaghi, s’inscrit dans une inquiétante dérive où la dénonciation de la corruption devient un acte criminel et où les lanceurs d’alerte sont traités comme des ennemis de l’État. Dix ans de prison ferme pour « apologie du terrorisme » : telle est la peine prononcée en appel contre un homme dont le seul tort, selon ses proches et ses avocats, est d’avoir exposé les abus, les passe-droits et les injustices qui gangrènent son secteur. Son histoire, emblématique d’un climat de répression généralisée, révèle un système où ceux qui parlent sont punis, et ceux qui abusent du pouvoir se voient protégés.
« Je ne suis pas un terroriste et je n’ai aucun lien avec le terrorisme. Je soutiens la stabilité et le développement de mon pays ; je m’oppose uniquement à ceux qui abusent de leur pouvoir pour opprimer et exploiter les plus démunis. J’ai simplement dénoncé la corruption et, lorsque toutes les portes se sont fermées devant moi, j’ai tenté de faire entendre ma voix par tous les moyens possibles. Mon seul but était de signaler la corruption, rien de plus. »
Ces mots, adressés au président du jury de la cour de justice de Oum-El-Bouaghi, sont ceux d’Ali Mameri. Ce fonctionnaire de la Maison de la Culture de la wilaya a été condamné en appel, dimanche 1er février, à dix ans de prison ferme pour « apologie du terrorisme ». Le 29 octobre 2025, il avait déjà écopé, en première instance, d’une peine de quinze ans.
L’histoire de ce jeune syndicaliste, père de deux enfants, est tout sauf anecdotique. Depuis des mois — certains diront des années — il utilise les réseaux sociaux pour dénoncer la corruption, les passe-droits et les abus qui gangrènent le secteur de la Culture. Comme tant d’autres domaines, celui-ci n’échappe pas aux injustices et aux dérives qui frappent particulièrement les régions de l’Intérieur, loin des radars des autorités centrales et de la presse nationale.
Ali Mameri a écrit, alerté, saisi sa hiérarchie. Mais, comme souvent, le lanceur d’alerte devient rapidement un élément gênant, un corps étranger qu’il faut neutraliser. En mars 2025, il est arrêté par des policiers. Pendant quatre jours, sa famille ignore où il se trouve. Ses avocats affirment qu’il a subi des traitements inhumains, de la torture.
Puis vient le procès en première instance. Tous les témoins s’accordent à dire que son dossier est vide, désespérément vide. « Contente-toi de manger du pain et tais-toi », lui aurait lancé le juge, selon plusieurs témoignages. Si ces propos sont avérés, ils témoignent d’une dérive institutionnelle d’une gravité exceptionnelle.
Car, à observer les évènements de ces dernières années, une évidence s’impose : les valeurs sont renversées. Les lanceurs d’alerte deviennent les accusés, tandis que les corrompus se posent en victimes. Nouredine Tounsi, cadre au port d’Oran, et bien d’autres militants ont déjà traversé ce même engrenage. La justice, censée les protéger, les condamne, les accuse, les persécute — pour mieux faire d’eux des exemples, des avertissements adressés à tous ceux qui oseraient encore dénoncer l’inacceptable.
La condamnation d’Ali Mameri a suscité une vague d’indignation. Militants des droits humains, avocats, syndicalistes ont exprimé leur colère sur les réseaux sociaux. Une réaction minimale, certes, mais c’est tout ce qu’il reste possible de faire dans un contexte de répression généralisée.
Essaïd Wakli





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