Quinze mois après la crise du drone, Alger rouvre son ciel au trafic aérien malien
- il y a 4 heures
- 3 min de lecture

Le ministère algérien de la Défense nationale annonce la réouverture complète, à compter du vendredi 10 juillet 2026, de l'espace aérien national à la navigation aérienne en provenance et à destination du Mali, mettant fin à une fermeture décidée en avril 2025 au plus fort de la crise du drone de Tin Zaouatine.
Dans un communiqué diffusé ce vendredi 10 juillet 2026, le ministère de la Défense nationale (MDN) indique que l'Algérie rouvre « entièrement » son espace aérien à la circulation aérienne malienne, la mesure couvrant l'ensemble des vols à destination et en provenance du Mali, quelles que soient les destinations internationales concernées. Le texte, bref, ne fixe aucune condition préalable, ne mentionne aucune contrepartie et ne fait référence à aucun accord bilatéral qui aurait précédé la décision.
La fermeture levée ce vendredi avait été prononcée par ce même département le 7 avril 2025. Le MDN invoquait alors des « violations répétées » de l'espace aérien national par l'État malien, au lendemain de la destruction, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, d'un drone de reconnaissance des forces armées maliennes près de Tin Zaouatine, dans la zone frontalière de Kidal. Alger avait fait état d'une pénétration de 1,6 kilomètre suivie d'un retour sur une « trajectoire offensive », qualifiée de manœuvre d'hostilité caractérisée, et affirmait détenir les images radar de trois intrusions, les deux précédentes remontant selon elle au 27 août et au 29 décembre 2024. Bamako soutenait de son côté que l'épave de l'appareil avait été localisée à 9,5 kilomètres au sud de la frontière, en territoire malien.
La riposte malienne avait été immédiate. Dès le soir du 7 avril 2025, le ministère malien des Transports et des Infrastructures fermait à son tour l'espace aérien national à tous les aéronefs civils et militaires en partance ou à destination de l'Algérie, « jusqu'à nouvel ordre » et « en guise de réciprocité ». Bamako accusait dans le même communiqué le voisin du Nord de « parrainer le terrorisme international », se retirait du Comité d'état-major opérationnel conjoint (CEMOC) basé à Tamanrasset et obtenait le soutien de ses partenaires de l'Alliance des États du Sahel, le Burkina Faso et le Niger, qui rappelaient leurs ambassadeurs à Alger, l'Algérie procédant symétriquement au rappel des siens à Bamako et Niamey.
Le communiqué du MDN ne dit rien du sort de la mesure malienne, ni du contentieux judiciaire ouvert depuis. Le 4 septembre 2025, le gouvernement de transition malien avait saisi la Cour internationale de justice (CIJ), invoquant une violation du principe de non-recours à la force. Le 19 septembre 2025, la diplomatie algérienne avait rejeté une démarche jugée « trop grossière pour être crédible », annonçant qu'elle notifierait à la Cour son refus de la procédure. La requête reste inscrite au rôle de la juridiction de La Haye.
L'espace aérien algérien constitue l'un des principaux corridors entre l'Europe et l'Afrique de l'Ouest. Sa fermeture avait contraint plusieurs compagnies à reconfigurer leurs plans de vol dès avril 2025. Air France et Corsair avaient déporté vers le Maroc et la Mauritanie leurs rotations parisiennes vers Abidjan et Dakar, au prix d'un allongement de trente à quarante-cinq minutes par trajet selon les données de suivi en temps réel. Turkish Airlines, dont la desserte d'Istanbul-Bamako dépendait du survol algérien, avait annulé plusieurs vols avant de basculer sur un itinéraire marocain rallongeant la liaison d'environ une heure dans chaque sens. Le surcoût carburant, l'immobilisation supplémentaire des appareils et la perte de redevances de survol pour l'établissement algérien de navigation aérienne n'ont fait l'objet d'aucune évaluation publique.
La réouverture rétablit, du côté algérien, la continuité de ce corridor. Elle laisse ouverte la question de la réciprocité malienne, dont dépend le rétablissement effectif des liaisons directes entre les deux capitales et le survol du territoire malien par les aéronefs partis d'Algérie. Aucune réaction officielle n'avait été enregistrée à Bamako à la mi-journée du 10 juillet.
Amine B.



Commentaires