Ramadan sous tension : entre traditions préservées et pouvoir d’achat fragilisé
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À l’approche de la fin du Ramadan, l’Algérie vit un moment où la ferveur spirituelle se mêle à une inquiétude économique grandissante. Les familles s’affairent aux derniers préparatifs de l’Aïd, mais l’enthousiasme habituel se heurte à une réalité devenue difficile à ignorer : la hausse continue des prix, qui pèse lourdement sur le pouvoir d’achat. Dans les marchés, les ruelles commerçantes et les centres-villes, les discussions tournent moins autour des recettes de fête que des dépenses qu’il faudra assumer.
Les vêtements de l’Aïd, rituel incontournable pour les enfants, sont devenus un véritable défi financier. Selon les commerçants, les prix ont augmenté de 20 à 35 % par rapport à l’année précédente. Une robe pour fillette qui se vendait 3 500 dinars dépasse désormais les 5 000 dinars, tandis que les ensembles pour garçons flirtent avec les 7 000 dinars dans certaines boutiques. « Les parents viennent, regardent, comparent… mais beaucoup repartent les mains vides. On n’a jamais vu autant d’hésitation », confie Mourad, vendeur dans une boutique du centre d’Alger.
Le mouton de l’Aïd cristallise encore davantage les tensions. Les prix oscillent entre 65 000 et 110 000 dinars, selon la taille et la région, un niveau inédit pour de nombreux ménages. Les éleveurs invoquent la hausse du coût du fourrage, qui a grimpé de 40 % en un an, tandis que les transporteurs évoquent l’augmentation des charges logistiques. « On ne fait pas de bénéfices extraordinaires, tout a augmenté : l’aliment, le carburant, même les soins vétérinaires », explique un éleveur de Bouira. Pour beaucoup de familles, le sacrifice devient un luxe inaccessible, poussant à des achats collectifs ou à un renoncement difficile.
Face à cette situation, le gouvernement tente de contenir la pression sociale. Les autorités annoncent des opérations de contrôle renforcées, des plafonnements temporaires sur certains produits de base et des programmes de solidarité élargis. Le ministère du Commerce affirme avoir mobilisé plus de 8 000 agents pour lutter contre la spéculation et garantir l’approvisionnement.
Des marchés de proximité ont été ouverts dans plusieurs wilayas pour proposer des produits à prix encadrés. « Nous faisons tout pour protéger le citoyen et stabiliser les prix, mais la conjoncture internationale reste difficile », a déclaré un responsable du secteur lors d’un point de presse.
Sur le plan politique, ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à apaiser un climat social tendu. Le gouvernement cherche à montrer qu’il reste à l’écoute, conscient que le Ramadan et l’Aïd constituent des moments sensibles où les frustrations économiques peuvent rapidement se transformer en mécontentement public. Les aides sociales distribuées par les communes, les couffins du Ramadan et les subventions ciblées sont autant de signaux envoyés pour maintenir un équilibre fragile. Mais sur le terrain, beaucoup estiment que ces efforts restent insuffisants. « Les prix montent plus vite que les salaires. On nous parle de contrôles, mais dans les magasins, c’est toujours la même chose », déplore Samira, mère de trois enfants à Blida.
Malgré tout, la fin du Ramadan conserve une dimension profondément humaine. Les familles réorganisent leurs priorités, les voisins s’entraident, et les associations redoublent d’efforts pour soutenir les plus vulnérables. La fête sera peut‑être plus sobre, mais elle demeure un moment de cohésion, de partage et de résilience. Dans un contexte économique tendu, cette solidarité spontanée apparaît comme l’un des derniers remparts face à l’érosion du pouvoir d’achat.
Nadia B



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