Souveraineté sous tension : quand Tunis et Alger font de la presse étrangère un adversaire politique
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La réaction tunisienne face à l’interview de Moncef Marzouki et la posture algérienne vis‑à‑vis des médias français relèvent d’une même logique politique : transformer la critique extérieure en menace contre la souveraineté nationale. Dans les deux cas, le pouvoir réagit à des contenus journalistiques comme s’il s’agissait d’actes hostiles, et non de simples analyses ou prises de position. Cette attitude révèle une fragilité commune : l’incapacité à tolérer une parole critique qui échappe au contrôle de l’État.
Dans plusieurs pays du Maghreb, l’exil politique n’est plus seulement une conséquence de la répression : il devient un élément central du récit officiel, un outil permettant aux régimes de transformer la dissidence en menace extérieure. La Tunisie et l’Algérie illustrent parfaitement cette dynamique, où la parole des opposants installés à l’étranger est systématiquement requalifiée en ingérence, en complot ou en tentative de déstabilisation.
En Tunisie, l’interview de Marzouki sert de déclencheur. Un opposant en exil, condamné par contumace, parle depuis l’étranger. Le pouvoir réagit en accusant les médias français « d’inciter à la haine » et convoque l’ambassadrice de France. Ce geste diplomatique vise à requalifier une critique politique en ingérence étrangère. La dissidence est externalisée : ce n’est plus un débat interne, mais une attaque venue de l’extérieur.
En Algérie, ce mécanisme est déjà installé depuis plusieurs années. Les autorités ont multiplié les refus de visas pour les journalistes français, dénoncé des reportages jugés « hostiles », et présenté la presse étrangère comme un acteur cherchant à déstabiliser le pays. Le vocabulaire est le même : « haine », « ingérence », « complot », « atteinte à la souveraineté ». La critique devient une menace, l’information devient un instrument de déstabilisation, et la souveraineté sert de justification à la fermeture de l’espace médiatique.
Le parallèle est donc structurel. Dans les deux pays, la presse internationale est transformée en adversaire politique. Les opposants médiatisés depuis l’étranger — Marzouki pour la Tunisie, les figures du Hirak pour l’Algérie — sont décrits comme des relais d’intérêts hostiles. Cette externalisation de la dissidence permet de masquer les tensions internes en les enveloppant d’un récit nationaliste. Elle permet aussi de consolider un discours où le pouvoir se présente comme le dernier rempart contre les influences étrangères.
Ce rapprochement révèle une tendance régionale : face à l’érosion de leur légitimité, certains régimes maghrébins cherchent à verrouiller le récit public en ciblant les médias étrangers. La critique devient une attaque, l’analyse devient un complot, et la souveraineté devient un argument pour restreindre la circulation des idées. La Tunisie emprunte ainsi des réflexes déjà bien ancrés en Algérie, signe d’une convergence autoritaire où la gestion de l’image internationale passe par la disqualification systématique de la presse française.
Nadia B