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Tebboune face à ses propres mirages : promesses différées, ennemis imaginaires et réalités évitées

  • il y a 15 heures
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Depuis son arrivée au pouvoir, Abdelmadjid Tebboune s’est construit un récit politique fondé sur la souveraineté, la modernisation et la protection sociale. À chaque discours, il réactive les mêmes piliers : l’Algérie ne cède à aucune pression extérieure, l’État reste le garant du bien‑être des citoyens, la « nouvelle Algerie » avance, et la diversification économique est en marche. Mais lorsqu’on confronte ces déclarations à la réalité des actions menées depuis 2020, l’écart entre le discours et les faits apparaît comme l’un des traits structurants de son mandat.


Un élément constant de ses sorties médiatiques mérite une attention particulière : la fabrication récurrente d’un ennemi imaginaire. À chaque intervention, Tebboune identifie une menace extérieure, un acteur hostile, une force obscure qui chercherait à déstabiliser l’Algérie. Cette rhétorique, déjà utilisée pour désigner des puissances occidentales, des ONG ou des « réseaux » anonymes, s’est récemment déplacée vers un terrain inattendu : la Tunisie. Alors que les Tunisiens expriment leur rejet de leur propre président, Tebboune a présenté cette crise interne comme un risque pour l’Algérie, comme si la contestation tunisienne était dirigée contre son pays. Ce glissement narratif illustre une mécanique bien rodée : transformer des événements extérieurs en menaces supposées, afin de consolider un récit de souveraineté assiégée.


Sur le terrain social, Tebboune a procédé à plusieurs revalorisations salariales et à un relèvement partiel des retraites. Ces mesures ont été mises en avant comme la preuve d’un État protecteur. Pourtant, l’inflation persistante et l’absence de réforme structurelle du système de subventions ont largement neutralisé leur impact. Les promesses d’amélioration durable du niveau de vie, régulièrement répétées, restent pour l’essentiel différées, désormais repoussées à 2027. Le discours social fonctionne comme une anticipation permanente : un horizon toujours annoncé, jamais atteint.


Sur le plan politique, le président a multiplié les déclarations sur la compétence, la moralisation de la vie publique et le dialogue national. Dans les faits, le gouvernement est resté technocratique, composé de profils choisis pour leur loyauté plus que pour leur capacité à impulser des réformes. Les partis politiques, qu’il promettait de réhabiliter, ont été marginalisés, encadrés par une législation restrictive et privés de rôle réel dans la décision publique. Le « dialogue » annoncé à plusieurs reprises n’a jamais pris forme. Quant à la « nouvelle République », elle n’a produit ni contre‑pouvoirs, ni transparence accrue, ni indépendance judiciaire. Le discours réformateur a servi de façade à une consolidation du système existant.


Sur le front économique, Tebboune affirme régulièrement que l’Algérie va enfin sortir de sa dépendance aux hydrocarbures. Les grands projets – rail minier, dessalement, zones industrielles – ont été lancés, parfois avec un début d’exécution. Mais la diversification reste marginale, les investissements hors énergie demeurent faibles, et la structure de l’économie n’a pas changé. Les promesses de transformation économique, répétées dans chaque allocution, n’ont jamais été tenues. Le pays reste tributaire de la rente, et les réformes annoncées n’ont pas dépassé le stade de la communication.


La diplomatie constitue l’un des rares domaines où Tebboune a réellement agi. L’Algérie a renforcé ses partenariats énergétiques avec l’Italie, l’Allemagne et plusieurs pays africains. Mais la fermeté affichée dans les discours — refus des ingérences, égalité entre États, révision des accords — relève davantage d’une posture interne que d’une réalité opérationnelle. La politique étrangère reste pragmatique, guidée par les besoins économiques et sécuritaires. La rhétorique souverainiste sert surtout à consolider le pouvoir à l’intérieur, en présentant l’État comme assiégé mais résilient.


Quant à la lutte contre la corruption, autre pilier du récit présidentiel, elle s’est traduite par des actions ciblées, souvent dirigées contre des réseaux liés à l’ancien régime. Si certaines affaires ont été menées à terme, la réforme systémique promise n’a jamais eu lieu. Les mécanismes de contrôle, de transparence et de reddition des comptes n’ont pas été renforcés. La moralisation de la vie publique reste un slogan, non une politique.


Au total, le bilan réel de Tebboune se caractérise par une série de réalisations techniques — numérisation partielle de l’administration, accords énergétiques, chantiers d’infrastructure — et par l’absence de réformes structurelles. Les promesses tenues sont sectorielles, limitées, souvent présentées comme des victoires majeures. Les promesses non tenues sont celles qui impliqueraient une redistribution du pouvoir, une ouverture politique, une transformation économique ou une réforme de la gouvernance.


Le dernier discours du président s’inscrit dans cette continuité : réaffirmation de la souveraineté, annonces sociales repoussées, valorisation de la compétence, fermeté diplomatique, et désignation d’un nouvel ennemi imaginaire. Rien n’y rompt avec les déclarations précédentes. Il ne s’agit pas d’un programme, mais d’une opération de stabilisation narrative. Tebboune ne décrit pas ce qui a été fait : il reconstruit ce qui devrait l’être. Le discours sert à maintenir l’équilibre d’un système fermé, en donnant l’image d’un État moderne, souverain et protecteur, tout en évitant toute réforme susceptible de modifier les rapports de force internes.


Nadia B






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