Université de Béjaïa : le recteur porte plainte contre Samir Larabi pour « diffamation »
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Le doctorant en sociologie, exclu en janvier de la formation doctorale après deux ans de blocage de sa soutenance, se voit désormais poursuivi par l'institution qu'il accuse d'abus de pouvoir.
Le mouvement n'aura pas tardé. Samir Larabi a annoncé, lundi 11 mai, sur sa page Facebook, que le recteur de l'université Abderrahmane-Mira de Béjaïa avait déposé plainte contre lui pour diffamation et atteinte à l'image de l'établissement. « Personnellement, j'assume pleinement mes propos, car c'est moi la victime dans l'affaire », a écrit le doctorant en sociologie, qui se retrouve en accusé après avoir passé deux ans à dénoncer ce qu'il qualifie d'arbitraire institutionnel.
Cet épisode judiciaire referme provisoirement un cycle ouvert le 24 novembre 2025. Le doctorant avait alors rompu le silence dans une déclaration publique au vitriol, accusant nommément le recteur et son vice-recteur chargé de la post-graduation de bloquer illégalement la soutenance de sa thèse depuis vingt-neuf mois. Le travail, intitulé Mouvement berbériste en Kabylie : entre demande d'intégration et velléités indépendantistes, avait pourtant été déposé via la plateforme PROGRES le 8 juin 2023, validé à trois reprises par le Conseil scientifique de la faculté des sciences humaines et sociales, et un jury de soutenance avait été désigné.
Le coup de force institutionnel intervient en mai 2025. Le Conseil scientifique de l'université, saisi par le recteur, estime que la thèse présente un caractère sensible et que son contenu contrevient à l'article 9 de la Constitution algérienne sur l'unité nationale. Le 7 janvier 2026, la même instance prononce l'exclusion définitive du doctorant. Or, l'article 45 du décret 03-279 attribue la validation des thèmes de doctorat au seul Conseil scientifique de la faculté, non à celui de l'université. La note ministérielle n° 1500/SG/2019 rappelle ce principe aux responsables administratifs. Plusieurs universitaires ont relevé que les membres du CSU ne relevaient pas, pour la quasi-totalité d'entre eux, des sciences sociales, et qu'ils n'avaient pas lu le travail incriminé.
L'ironie tient à un détail rarement souligné. Le chapitre consacré au Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), classé « organisation terroriste » par le Haut conseil de sécurité en juin 2021, déconstruit précisément les fondements théoriques du courant indépendantiste, que le doctorant qualifie de nationaliste chauvin et raciste. Une lecture critique qui rejoint, sur le fond, les positions officielles algériennes. Le sociologue Nacer Djabi a souligné cette contradiction à plusieurs reprises, rappelant que Samir Larabi était connu pour ses positions hostiles aux thèses séparatistes. Bloquer ce chercheur revenait, selon lui, à le pousser mécaniquement vers le courant que l'institution prétendait combattre.
Le dossier a rapidement débordé les murs de l'université. En décembre 2025, une pétition portée par les professeurs Lahouari Addi, Nacer Djabi, Dahou Djerbal, Redouane Boudjema et plusieurs dizaines d'universitaires exigeait la levée du blocage. En janvier 2026, le sénateur FFS de Béjaïa Mehenni Haddadou interpellait le président du Sénat et le gouvernement. Le 28 janvier, le Conseil universitaire du RCD-Béjaïa dénonçait à son tour l'arbitraire administratif. L'affaire s'est politisée davantage avec l'annonce, il y a quelques semaines, de la candidature de Samir Larabi aux législatives du 2 juillet, sur une liste indépendante baptisée ASAFU.
C'est dans ce contexte que la plainte du recteur intervient. Le doctorant avait pourtant, dès novembre, mis ses détracteurs au défi de saisir la justice si ses propos étaient jugés diffamatoires. Le défi a été relevé, mais le rapport de force s'est inversé. Celui qui dénonçait une atteinte à ses libertés académiques doit désormais répondre d'allégations de diffamation devant les juridictions. « Dénoncer les injustices, l'atteinte aux libertés académiques, le piétinement de la réglementation, l'abus de pouvoir... sont des crimes du point de vue du premier responsable de l'université de Béjaïa », a ironisé le doctorant.
Amine B.
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