Yoga au Jardin d’essai : quand l’Association des Oulémas choisit sa bataille
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L’Association des Oulémas Musulmans Algériens (AOMA) a déclenché une vive polémique début juillet 2026 en dénonçant une séance de yoga organisée au Jardin d’essai du Hamma par l’ambassade de l’Inde, dans le cadre de la Journée internationale du yoga. L’événement, intitulé « Spirit of Yoga » et consacré au thème du vieillissement en bonne santé, s’est déroulé le 21 juin et n’avait, en apparence, rien de politique. Pourtant, il a été explicitement visé dans le communiqué de l’AOMA publié à l’occasion du 64ᵉ anniversaire de l’Indépendance et de la Jeunesse.
Dans ce texte, l’association affirme que le yoga ne peut être réduit à une simple activité sportive et qu’il s’inscrit dans un cadre religieux et philosophique hindou incompatible avec les « constantes nationales » et la référence islamique inscrite dans la Constitution. L’AOMA met en garde contre les formes de yoga comportant chants, symboles ou rituels, qu’elle considère comme des pratiques spirituelles étrangères à l’identité religieuse du pays. Le communiqué ne cite pas directement l’événement du Jardin d’essai, mais la référence est suffisamment transparente pour que la polémique éclate immédiatement sur les réseaux sociaux et dans la presse.
Ce qui a frappé une grande partie de l’opinion, c’est le contraste entre la vigilance doctrinale de l’AOMA et les fléaux sociaux qui ravagent le pays. Alors que la criminalité, la drogue, les violences urbaines, le harcèlement des femmes, la pédophilie, le phénomène des harragas ou encore la dégradation de l’environnement constituent des préoccupations quotidiennes pour des millions d’Algériens, l’association a choisi de consacrer son communiqué à un long développement sur les dangers supposés du yoga. Le texte mentionne certes la criminalité et l’agression d’un moudjahid à Tébessa, mais ces passages restent secondaires par rapport à l’alerte lancée contre une pratique perçue comme une intrusion culturelle.
La réaction de l’AOMA intervient dans un contexte où les institutions religieuses sont régulièrement critiquées pour leur incapacité à aborder les problèmes sociaux de manière concrète. Pour beaucoup, cette affaire illustre une forme de déconnexion entre les priorités morales affichées et les urgences réelles de la société. D’autres y voient une crispation identitaire, alimentée par la présence d’une ambassade étrangère et par la symbolique d’une pratique associée à une autre tradition spirituelle. Sur les réseaux, les commentaires oscillent entre ironie, indignation et incompréhension, certains rappelant que le yoga est aujourd’hui pratiqué dans la plupart des pays musulmans sans susciter de controverse.
L’affaire du Jardin d’essai, qui aurait pu passer inaperçue, s’est ainsi transformée en révélateur des tensions persistantes autour de la place de la religion dans l’espace public et de la définition de l’identité nationale. Elle pose aussi la question de la capacité des institutions religieuses à répondre aux défis sociaux contemporains, à un moment où la jeunesse algérienne est confrontée à des problèmes autrement plus graves que des postures de relaxation sur une pelouse du Hamma. Comme souvent, la polémique dit moins quelque chose du yoga que de l’état du débat public en Algérie.
Yacine M