Zidane/ Gleizes : Quand une phrase de solidarité suffit à déclencher la fureur des médias algériens
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Zinedine Zidane n’a eu besoin que de quelques mots pour déclencher une tempête. En exprimant, lors de sa première conférence de presse à la tête des Bleus, l’espoir de voir le journaliste Christophe Gleizes « rentrer à la maison », la légende du football a brisé un silence que beaucoup, en Algérie, auraient préféré maintenir. En quelques heures, une partie de la presse locale s’est transformée en machine à indignation, visant l’ancien numéro 10 avec une virulence qui tranche avec l’admiration quasi sacrée dont il bénéficiait jusque‑là. Et pourtant, Zinedine Zidane était pleinement dans son rôle lorsqu’il a évoqué un journaliste sportif : un sélectionneur qui répond à une question sur un confrère emprisonné dans un pays tiers ne fait que respecter l’éthique élémentaire de son métier et la solidarité naturelle du monde du sport.
Ce retournement brutal n’est pas un mystère. Les médias qui ont mené la charge sont ceux qui vivent sous perfusion de la rente publicitaire contrôlée par l’État, un système où la survie économique dépend de l’alignement politique. Dans cet écosystème, la ligne éditoriale n’est pas un choix mais une discipline : on applaudit quand il faut applaudir, on attaque quand il faut attaquer. Et cette semaine, il fallait attaquer Zidane.
Cette affaire révèle aussi, une fois de plus, la confusion persistante — et parfois la méconnaissance — autour des questions de droits humains : défendre un journaliste emprisonné n’est pas une ingérence, c’est un principe universel.
Les kiosques — ces médias qui ont longtemps présenté Zidane comme « la fierté de l’Algérie » — ont soudain changé de registre. Ils ont accusé le champion du monde d’ingérence, de naïveté politique, voire de manipulation. Certains ont même avancé que la FIFA l’aurait « obligé » à évoquer le cas Gleizes, une allégation sans source, sans preuve, sans logique, mais utile pour dépolitiser son geste et le réduire à une consigne venue d’ailleurs. Dans cette narration, Zidane n’est plus un homme exprimant une conviction personnelle : il devient un pion, un instrument, un exécutant.
Ce récit arrange. Il permet d’éviter la question centrale : pourquoi un journaliste est‑il emprisonné pour avoir fait son travail ? En s’attaquant à Zidane, ces médias détournent l’attention, déplacent le débat, et punissent symboliquement une figure qui a osé sortir du cadre. Le procédé est connu : fabriquer un scandale pour étouffer un sujet sensible, transformer un geste humaniste en provocation politique, et rappeler que même les icônes ne sont pas intouchables lorsqu’elles s’écartent de la ligne officielle.
Zidane, qui n’a jamais cherché à se poser en acteur politique, se retrouve ainsi au cœur d’une bataille qui le dépasse. Lui qui incarnait une forme de fierté transnationale, un lien affectif entre la France et l’Algérie, devient la cible d’un appareil médiatique prompt à déchirer ses propres symboles lorsque ceux‑ci ne servent plus le récit du moment. La violence des attaques dit moins quelque chose de Zidane que du système qui les produit.
Dans cette affaire, la disproportion est révélatrice. Un simple souhait de libération, formulé avec sobriété, a suffi à transformer un héros en suspect. La meute médiatique s’est chargée du reste, rappelant que dans un paysage où la publicité publique dicte la survie, l’indignation n’est pas une émotion : c’est une ressource, un instrument, une obligation.
Nadia B