La première femme à la tête de l’APN… pour reconduire un vieux rituel d’allégeance
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L’élection de Khalida Boufedeche à la tête de l’Assemblée populaire nationale aurait pu marquer une rupture. Pour la première fois depuis l’indépendance, une femme accède à la présidence de l’APN, un poste longtemps verrouillé par les appareils masculins du FLN et du RND. Sur le papier, c’est un moment historique. Dans la réalité politique algérienne, c’est une première qui s’inscrit dans une continuité parfaitement maîtrisée : celle d’un Parlement dont la fonction première n’est pas de contrôler l’exécutif, mais de lui renouveler son allégeance.
Son allocution inaugurale l’a confirmé. Avant même d’évoquer les missions du Parlement, Boufedeche a tenu à saluer le président de la République, à inscrire son élection dans la « continuité institutionnelle » et à réaffirmer son engagement à accompagner les « orientations du chef de l’État ». Ce rituel n’a rien d’exceptionnel : il est devenu la norme dans les institutions algériennes. Les présidents de l’APN, quelle que soit leur génération ou leur parcours, commencent leur mandat par un geste de loyauté verticale. L’Assemblée n’est pas pensée comme un contre‑pouvoir, mais comme une chambre d’enregistrement dont la légitimité se construit par le haut, faute de se construire par les urnes.
Cette reconduction du rituel est d’autant plus frappante que Boufedeche arrive à la tête d’une institution affaiblie par une participation électorale historiquement basse — 21,24 %. Dans un Parlement où le pluralisme est administré, où les partis majoritaires sont structurellement alignés sur l’exécutif, et où la représentation féminine a paradoxalement reculé à 6,14 %, la présence d’une femme à la présidence relève davantage de la vitrine moderniste que de la transformation institutionnelle. Le symbole est fort, mais il ne modifie pas le rôle réel de l’APN.
Dans les pays développés, un tel discours serait inconcevable. Un président de Parlement qui commencerait son mandat par une déclaration d’allégeance au chef de l’État serait immédiatement accusé de violer la séparation des pouvoirs. Mais en Algérie, ce type d’allocution n’est pas une anomalie : c’est un mécanisme de reproduction du système. L’exécutif reste le centre de gravité, et le Parlement, même lorsqu’il est présidé par une femme pour la première fois, demeure une institution subalterne.
Ainsi, l’événement historique se dissout dans un cadre politique inchangé. La première femme à présider l’APN n’a pas inauguré une nouvelle ère parlementaire : elle a reconduit, avec discipline, un discours que ses prédécesseurs ont prononcé avant elle. Une première qui ne bouscule rien, un symbole qui ne déplace pas le réel, et un rituel d’allégeance qui, lui, reste immuable.
Yacine M