top of page

« Zéro Algérien soigné à l'étranger » : la promesse de Tebboune vaut-elle aussi pour les plus hauts responsables de l'État ?

  • il y a 1 minute
  • 3 min de lecture

En inaugurant l'hôpital spécialisé en cardiologie pédiatrique Omar-Boudjellab, à Mahelma, le 5 juillet, le président Abdelmadjid Tebboune a fixé un objectif assez inédit, celui de mettre fin aux soins des Algériens à l'étranger. « C'est une question de nif, pas une question d'argent », a-t-il affirmé.


La formule est absolue. Elle appelle donc une question tout aussi simple : cette règle vaut-elle pour tous les Algériens ? Pour les citoyens ordinaires, mais aussi pour le chef de l'État, les ministres, les hauts responsables et, plus largement, tous ceux dont les soins à l'étranger relèvent de décisions exceptionnelles de l'État ?


L'interrogation n'est pas théorique. Abdelmadjid Tebboune lui-même avait été hospitalisé en Allemagne après avoir contracté le Covid-19 en 2020. Avant lui, Abdelaziz Bouteflika avait effectué plusieurs séjours médicaux en France, notamment au Val-de-Grâce. D'autres responsables ont également bénéficié, au fil des années, de prises en charge à l'étranger sans relever des procédures ordinaires de la Sécurité sociale. Or c'est précisément là que le discours présidentiel devient ambigu. Car les évacuations sanitaires prises en charge par la CNAS ne concernent déjà plus qu'un nombre très limité de patients.


Le transfert vers la France repose sur le protocole du 10 avril 2016 annexé à la convention franco-algérienne de sécurité sociale. Les soins à l'étranger ne sont autorisés qu'à une condition : qu'ils soient impossibles à réaliser en Algérie, après validation préalable de la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS). Il s'agit d'un dispositif strict, réservé à quelques pathologies.


Selon l'étude d'impact du Sénat français, environ un millier de patients seulement sont concernés chaque année, principalement orientés vers l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Une goutte d'eau à l'échelle d'un pays de 46 millions d'habitants.


La réduction de ces évacuations était d'ailleurs engagée avant même le discours de Mahelma. En février 2025, le ministre de la Santé Abdelhak Saihi annonçait leur limitation à cinq spécialités que les établissements algériens ne sont pas encore en mesure d'assurer.


Le « zéro » présidentiel ne change donc pas fondamentalement la situation des patients relevant de la CNAS.


En revanche, il laisse entière une autre question : qu'en est-il des prises en charge décidées hors de ce dispositif ? Car deux autres catégories d'Algériens continuent de se faire soigner à l'étranger.


La première finance elle-même ses soins. Ces patients choisissent des établissements en France, en Allemagne, en Turquie ou ailleurs et règlent directement leurs frais. Ils ne coûtent rien à la Sécurité sociale algérienne.


La seconde relève d'un autre circuit. Les soins accordés à certains hauts responsables de l'État ou à d'autres bénéficiaires de décisions exceptionnelles n'entrent pas dans le champ des évacuations sanitaires de la CNAS. Aucun bilan public ne permet aujourd'hui d'en mesurer le nombre ni le coût.


Cette distinction est loin d'être anodine. Les contentieux financiers entre l'Algérie et certains hôpitaux français portent en partie sur des hospitalisations effectuées hors convention, imputées à l'État algérien. Maghreb Émergent avait déjà montré que cette « dette hospitalière » était largement plus complexe que le récit politique qui en est souvent fait.


La promesse présidentielle soulève ainsi une question de principe : la fin des soins à l'étranger concerne-t-elle uniquement les citoyens soumis aux règles de la CNAS ou également les bénéficiaires des circuits exceptionnels de l'État ?


Au-delà de cette interrogation, un autre défi demeure. Pour soigner tous les Algériens dans leur pays, encore faut-il disposer des ressources nécessaires.


Près de 7 000 médecins algériens exerçaient en France au début de l'année 2025, selon l'Ordre national des médecins français. Formés en Algérie, ils renforcent désormais les hôpitaux français, tandis que les établissements algériens peinent à retenir leurs praticiens.


Les difficultés concernent également les équipements. Les cliniques privées conventionnées avec la CNAS pour traiter certaines cardiopathies congénitales dénoncent régulièrement les ruptures d'approvisionnement en dispositifs médicaux importés. Les compétences existent ; ce sont souvent les consommables qui manquent.


Dans le même temps, la CNAS a consacré près de 300 milliards de dinars aux médicaments en 2024, soit près de la moitié de ses prestations.


L'hôpital de Mahelma est une réalisation tangible. Il renforcera l'offre de soins en cardiologie pédiatrique. Mais la promesse présidentielle ne pourra être évaluée qu'à une condition : qu'elle s'applique à tous les Algériens, quels que soient leur statut, leurs fonctions ou le mode de financement de leurs soins. À défaut, le « zéro Algérien soigné à l'étranger » restera davantage un objectif politique qu'un principe d'égalité devant le système de santé.



Amine B.

 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page