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La COSYFOP dénonce une instrumentalisation politique de l’UGTA et une application discriminatoire de la loi 23‑02

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La Confédération Syndicale des Forces Productives (COSYFOP) a dénoncé, dans un communiqué publié le 6 juillet 2026, ce qu’elle considère comme de graves dérives ayant marqué la campagne des élections législatives du 2 juillet. Selon elle, plusieurs dirigeants de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) ont utilisé leurs structures, leurs moyens et leurs plateformes officielles pour soutenir des candidats, en violation directe de la loi 23‑02 qui impose la neutralité des organisations syndicales. La Confédération affirme avoir rassemblé des preuves montrant que le secrétaire général de l’UGTA, Amar Takdjout, ainsi que plusieurs responsables de fédérations, ont mené une campagne active en faveur de candidats déterminés, mobilisant les pages officielles de l’UGTA, ses sièges et ses ressources pour appeler explicitement les travailleurs à voter pour eux. Pour la COSYFOP, ces pratiques constituent une transgression manifeste des articles 13 et 14 de la loi 23‑02, qui interdisent toute instrumentalisation politique des organisations syndicales.


Ce qui suscite davantage l’indignation de la Confédération est le silence des autorités publiques. Le ministère du Travail et l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), habituellement promptes à sanctionner les syndicats indépendants, n’auraient engagé aucune procédure ni enquête face à ces violations. La COSYFOP dénonce une application « sélective et discriminatoire » de la loi, qui aurait empêché de nombreux militants indépendants de se porter candidats ou même d’exprimer publiquement leur soutien à des candidats partageant leurs convictions, par crainte de dissolution administrative ou de poursuites abusives. Selon elle, cette asymétrie de traitement crée une inégalité profonde entre les organisations syndicales et fausse la compétition électorale, excluant de facto les syndicats indépendants du processus tout en accordant des privilèges politiques aux structures proches du pouvoir. La Confédération estime que cette situation porte atteinte à la liberté syndicale et viole les engagements internationaux de l’Algérie, notamment les Conventions 87 et 98 de l’Organisation internationale du Travail.


La COSYFOP attribue également au comportement de l’UGTA et à l’inaction des autorités une part de responsabilité dans le boycott massif des élections, particulièrement visible parmi les travailleurs. Selon elle, ces pratiques ont renforcé la perception d’un processus électoral biaisé, où l’égalité des chances entre acteurs politiques et syndicaux n’est plus garantie. Face à ces dérives, la Confédération exige une application égale de la loi 23‑02 à toutes les organisations syndicales, ou à défaut, la reconnaissance explicite de son application discriminatoire. Elle appelle à l’abrogation des dispositions légales restreignant les droits civils et politiques des syndicalistes et annonce qu’elle saisira la Commission d’experts de l’OIT pour dénoncer les violations constatées et l’impunité dont bénéficierait l’UGTA. Elle conclut en affirmant que l’État de droit ne peut exister sans une justice indépendante, des institutions impartiales et le respect des engagements internationaux librement souscrits par l’Algérie.


Au‑delà de la dénonciation, ce communiqué met en lumière un phénomène structurel : l’imbrication persistante entre l’UGTA et le pouvoir politique. L’organisation syndicale historique, longtemps perçue comme un relais institutionnel, apparaît ici engagée dans une campagne électorale en contradiction avec les normes internationales de liberté syndicale. L’élément le plus significatif n’est pas seulement cette implication, mais l’absence de réaction des autorités, qui crée un précédent dangereux en légitimant l’usage partisan des structures syndicales tout en maintenant une pression juridique sur les organisations indépendantes. L’application sélective de la loi 23‑02 devient alors un outil de contrôle politique, restreignant l’accès des syndicats autonomes à l’espace public et verrouillant le paysage syndical.


Le communiqué souligne également une crise de confiance profonde entre les travailleurs et les institutions électorales. Le boycott massif apparaît comme le symptôme d’un processus perçu comme biaisé, non seulement par les règles du jeu, mais par leur application différenciée. Cette perception fragilise la légitimité des élections et renforce l’idée que les syndicats indépendants sont tolérés tant qu’ils restent en marge du champ politique. En décidant de saisir la Commission d’experts de l’OIT, la COSYFOP internationalise le conflit et cherche à déplacer le débat hors du cadre national, là où les mécanismes de contrôle sont moins sensibles aux rapports de force internes. Cette stratégie révèle l’impasse dans laquelle se trouvent les syndicats indépendants, privés de recours internes et contraints de se tourner vers les instances internationales pour faire reconnaître leurs droits.


Ce texte, en apparence technique, constitue en réalité un acte politique visant à reconfigurer le rapport de force entre syndicats indépendants, UGTA et institutions. Il met en lumière une contradiction structurelle : l’État revendique la neutralité syndicale tout en tolérant, voire en encourageant, l’engagement partisan de certaines organisations. Cette contradiction fragilise l’État de droit et révèle une crise plus large de la gouvernance politique en Algérie.


Nadia B


Retrouvez l’intégralité du communiqué ci-dessous:


 
 
 
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