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“À qui devons-nous nous adresser ?” L'appel de vingt organisations après l'assassinat d'une adolescente

  • cfda47
  • il y a 3 heures
  • 3 min de lecture

Y-a-t-il, dans ce que nous voulons être notre pays aussi, quelqu'un, une institution, un pouvoir qui se sente concerné par notre détresse ?”. Face à l'assassinat d'Asma, 15 ans, tuée par son père malgré de multiples alertes, une coalition féministe réclame l'application effective des lois de protection de l'enfance.  


L'appel est lancé par vingt associations et personnalités féministes algériennes, parmi lesquelles Rachda, le réseau Wassila, CIDDEF, AVIFE, la sociologue Fatma Oussedik et la réalisatrice Habiba Djahnine. Leur texte dénonce “un horrible assassinat dont nous portons tous et toutes la responsabilité, coupables du crime de non-assistance à personne en danger”. En cause, la mort d'Asma, lycéenne de Sidi Akkacha, dans la wilaya de Chlef, “torturée et sauvagement assassinée” par son père.  


Ce n'est pas la première fois que nous nous mobilisons à propos des féminicides avec peu de progrès”, constatent amèrement les signataires. Mais le cas d'Asma cristallise toutes les défaillances d'un système qui n'a pas su protéger une enfant en danger.  


L'adolescente avait “depuis longtemps demandé de l'aide, appelé au secours et supplié de ne plus retourner chez son bourreau”. Son lycée était au courant. La gendarmerie aussi. Les voisins également. “Toute la société était informée”, insistent les associations. Pourtant, “personne n'a empêché l'abominable infanticide/féminicide”.  


Ses camarades de classe avaient découvert qu'elle se mutilait et alerté la psychologue scolaire. Celle-ci avait pris l'initiative de convoquer le père. Mais cette “démarche pour initialement alerter le père, pensée comme une protection, a malheureusement précédé le passage à l'acte”, relate le texte.  


Car pendant des années, Asma et sa fratrie ont vécu sous la terreur d'un père violent qui les privait de nourriture et les enfermait. Des voisins “donnaient de la nourriture en cachette à la pauvre victime que le père enfermait près du mur communiquant entre les deux maisons”. La mère, marquée par d'anciennes fractures, et les autres enfants portent tous les stigmates de ces violences répétées. Même les garçons n'ont pas été épargnés. Le contexte familial est d'autant plus accablant que le propre frère de l'accusé avait tué son épouse l'année précédente.  


Lors de son audition, le meurtrier d'Asma a adopté “une attitude froide, dépourvue de remords”. Il a déclaré “assumer son acte, estimer avoir raison et ne pas être opposé y compris à une condamnation à mort”. Cette assurance ne surprend pas les associations qui dénoncent un système où le père reste “tout puissant”. Elles pointent notamment la clause du pardon, ce mécanisme juridique qui permet aux victimes de réduire les peines de leur agresseur et qui, de fait, maintient les femmes dans une relation de dépendance avec leur bourreau. “Lorsque l'État prétend défendre les femmes victimes, il leur demande, dans un même mouvement, de lui pardonner”, accusent-elles.  


Au-delà de cette disposition controversée, c'est toute la chaîne de protection qui a failli. Les signataires rappellent que ce drame constitue juridiquement un infanticide. La Loi n°15-12 relative à la protection de l'enfant impose pourtant “l'évaluation rapide du danger, la transmission obligatoire du signalement aux autorités compétentes et, lorsque le risque est avéré, l'éloignement immédiat de l'enfant du milieu dangereux”.  


Rien de tout cela n'a été mis en œuvre. “La parole de l'enfant n'a pas déclenché les procédures prévues”, dénoncent-elles. “Ce drame révèle un manquement grave à l'obligation de protection qui incombe aux services éducatifs, sociaux, sécuritaires et judiciaires”.  


Face à cette tragédie, l'appel formule quatre exigences. D'abord, des procédures efficaces de signalement et d'éloignement des auteurs de violence. Ensuite, l'abrogation de la clause du pardon qui “a, par le passé, conduit à raccourcir l'emprisonnement de l'auteur après des violences graves”. Les associations réclament également que l'État se constitue systématiquement partie civile “lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité physique de ses citoyens”. Enfin, elles demandent la création de davantage de centres d'hébergement pour les victimes. Cette dernière revendication résonne avec un phénomène préoccupant qu'elles décrivent ainsi : “la "harga" au féminin, expression d'un mal-être, se développe et des femmes errent dans les rues la nuit”.  


La famille d'Asma, elle, a été recueillie par des voisins. Traumatisée, elle ne peut plus vivre dans cette maison de Sidi Akkacha, “la plus abîmée du quartier”, où “règne une atmosphère bizarre”. Les enfants survivants ont un besoin urgent d'accompagnement psychologique “pour prévenir toute reproduction du cycle” de violence.  


“Nous aspirons, encore et toujours, à devenir des citoyennes vivant dans un État qui nous protège”, concluent les associations. Pour Asma, il est trop tard. Mais son nom résonne désormais comme un appel à l'action.  


Sophie K.  


 
 
 

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