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À quoi servent les parlementaires ? Le plaidoyer de Samir Larabi

  • il y a 4 minutes
  • 3 min de lecture

Militant réprimé, doctorant exclu de son université, Samir Larabi a tiré une leçon inattendue de ses combats : ce sont les parlementaires qui auraient pu tout changer. Un plaidoyer pour une représentation qui fait défaut.  


Samir Larabi, militant et doctorant en conflit ouvert avec l'université de Béjaïa, prend la parole sur Alternatv pour poser une question que peu d'acteurs de la société civile algérienne formulent aussi directement : à quoi servent réellement les parlementaires ?  


La réponse qu'il esquisse n'est pas théorique. Elle puise dans deux expériences concrètes, l'une collective, l'autre personnelle, qui illustrent ce que peut représenter, ou ne pas représenter, un élu du peuple dans un système politique où la marge de manœuvre parlementaire reste, selon de nombreux observateurs, étroitement encadrée.  


Le premier cas est celui de la contestation autour de la mine de Tel Hamza, que Larabi évoque en tant que participant direct. “Nos camarades, pas que nous, y compris des villageois”, précise-t-il, ont subi ce qu'il qualifie de “répression atroce”. Face à cette pression, le mouvement a manqué, selon lui, de porte-voix institutionnels capables de porter ses revendications au-delà du terrain local. “On aurait aimé, si on avait des députés au Parlement, dans des institutions, on aurait pu mieux défendre leur cause”, estime-t-il.  


Sans voix à l'Assemblée populaire nationale (APN) pour transformer une protestation de terrain en enjeu de débat national, les militants se sont retrouvés exposés à la marginalisation, sans relais capable d'alerter l'opinion publique ou d'interpeller le gouvernement.  


Le cas personnel, révélateur d'une mécanique  


Le second témoignage est d'ordre personnel. Larabi dénonce le blocage de sa thèse de doctorat et son exclusion de l'université de Béjaïa, deux situations qu'il qualifie explicitement d'illégales. Son cas illustre, selon lui, ce que peut changer concrètement la présence d'élus engagés. Lorsque des parlementaires ont été sensibilisés à son dossier, “ça a permis à ma cause d'être plus visible et des gens interviennent à gauche et à droite pour le règlement de cette chose-là”, relate-t-il.  


Dans les systèmes politiques où le parlement légifère peu et contrôle moins, le député trouve souvent sa véritable utilité ailleurs. Porter publiquement une affaire, interpeller un ministre, alerter les médias nationaux sur une situation locale, ces actes ont une valeur politique propre, indépendante du vote de la loi.  


Une critique implicite du système représentatif  


En filigrane du plaidoyer de Larabi se lit une critique plus structurelle. Si la présence de quelques parlementaires attentifs peut changer le destin d'un militant ou d'un mouvement social, c'est que l'absence ou le silence de la majorité des élus laisse un vide considérable. L'APN, composée de 407 députés issus des élections législatives de juin 2021 et dont le mandat arrive à échéance cet été, est régulièrement perçue par des acteurs de la société civile comme un espace de validation plus que de délibération.  


Le taux de participation à ce scrutin, établi officiellement à 23,03 % par l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), avait constitué un record d'abstention pour des législatives en Algérie. Ce désaveu populaire ne signifie pas nécessairement que les parlementaires sont inutiles, précisément ce que l'intervention de Larabi rappelle à sa façon. Il souligne que leur utilité dépend de leur engagement, et que cet engagement, quand il existe, peut produire des effets réels.  


Le député algérien dispose, en théorie, d'instruments d'interpellation du gouvernement : questions orales, questions écrites, commissions d'enquête. Ces outils, utilisés de manière inégale selon les législatures, permettraient, s'ils étaient mobilisés de façon systématique, de transformer des injustices locales en enjeux de politique publique.  


Larabi ne propose pas de réforme institutionnelle. Il ne théorise pas le rôle du Parlement. Il part d'une expérience vécue pour pointer un écart, celui qui sépare ce que les élus pourraient faire de ce qu'ils font effectivement. Sa démarche relève moins de la critique constitutionnelle que du pragmatisme militant. Trouver, dans les marges du système, les leviers qui permettent à une cause de survivre.  


À la date de cette intervention, sa thèse de doctorat restait suspendue. Le dossier, confie-t-il, n'est pas encore résolu.  


Amine B.  


 
 
 
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