top of page

Éducation : Sadaoui recadré, réforme avortée, école remise au pas

il y a 1 minute
2 min de lecture

Dans la nuit du 9 septembre, le ministre de l’Éducation nationale Mohamed‑Seghir Sadaoui a signé l’arrêté n°36, abrogeant son propre arrêté n°20 du 28 juillet. Ce dernier introduisait une réorganisation du secondaire : suppression du français et de la philosophie dans certaines filières technologiques, maintien de l’éducation islamique pour toutes les spécialités, nouveaux volumes horaires et nouveaux coefficients, ainsi qu’un réaménagement du calendrier scolaire. L’arrêté du 9 septembre annule l’ensemble de ces mesures et rétablit le cadre antérieur, notamment le décret de 2006 qui reprend effet.


Cette marche arrière intervient trois jours après un rappel à l’ordre du chef de l’État Abdelmadjid Tebboune, lors du Conseil des ministres du 6 septembre. Le président a exigé que l’école soit tenue « à l’écart de tout courant idéologique et de tout conflit politique stérile », que toute réforme soit examinée exclusivement en Conseil des ministres avant la moindre communication publique, et que le secteur évite toute médiatisation prématurée de changements. Le message était limpide : Sadaoui a agi seul, sans concertation avec la présidence, et son initiative devait être stoppée net.


Les décisions de juillet avaient déclenché une polémique rare dans l’Algérie actuelle, où les débats publics sont généralement étouffés. Des pédagogues et des partis d’opposition ont dénoncé une réforme à coloration idéologique. Ahmed Tessa a critiqué la marginalisation de la philosophie et rappelé que « l’éducation religieuse doit se faire dans une mosquée ». Louisa Hanoune a défendu la place des langues — arabe, tamazight, français, anglais — et dénoncé une substitution précipitée. Lakhdar Amokrane a appelé à sortir le débat des réseaux sociaux. L’introduction de l’anglais dès la 3ᵉ année primaire et le recul du français à la 4ᵉ ont également été jugés improvisés et non préparés.


En juillet, Sadaoui semblait déterminé à remodeler le secondaire par simple arrêté. En septembre, il est contraint de ranger sa réforme au fond d’un tiroir. Trois jours seulement séparent le recadrage présidentiel de l’abrogation officielle : le temps de rédiger le texte, rien de plus. L’épisode confirme que l’école algérienne ne se réforme pas depuis un bureau ministériel, mais dans les cercles où se décide la ligne politique du pays. Sadaoui vient de l’apprendre à ses dépens.



Essaïd Wakli et Khaled Rouabah



 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page