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25 euros par an pour la carte consulaire : le pari risqué d'un député de la diaspora

il y a 3 heures
4 min de lecture

Derrière une contribution annuelle de 25 euros présentée comme anodine, c'est en réalité l'un des piliers du régime douanier applicable aux Algériens de l'étranger qui se retrouve questionné. Lors des débats consacrés au projet de loi de finances 2027, le député de la diaspora Djamai Nedjah a proposé de rendre la carte consulaire payante et de permettre aux ressortissants algériens établis à l'étranger de bénéficier du certificat de changement de résidence (CCR) une fois tous les dix ans, au lieu d'une seule fois dans leur vie.


Présentée comme une mesure en faveur de la communauté nationale à l'étranger, la proposition cache pourtant une remise en cause bien plus profonde qu'il n'y paraît. Car le véritable enjeu n'est pas la cotisation annuelle de 25 euros. Il réside dans la transformation du CCR, un dispositif conçu depuis l'origine comme une mesure exceptionnelle accompagnant le retour définitif d'un émigré vers l'Algérie.


Aujourd'hui, le certificat de changement de résidence est régi par l'article 202 de la loi n° 79-07 du 21 juillet 1979 portant Code des douanes, modifié et complété à plusieurs reprises, notamment par la loi de finances 2026.


Contrairement à certaines informations relayées dans la presse, il ne s'agit pas de l'article 102, mais bien de l'article 202 qui encadre juridiquement l'ensemble du dispositif. Les textes officiels, les représentations diplomatiques algériennes et les notices consulaires consultées convergent tous vers cette même référence.


Le principe actuellement en vigueur est clair. Le CCR est accordé aux ressortissants algériens immatriculés auprès des consulats, résidant à l'étranger depuis au moins trois années consécutives et décidant de rentrer définitivement en Algérie. En contrepartie, ils peuvent importer sans paiement des droits et taxes douaniers leurs effets personnels ainsi qu'un véhicule répondant aux conditions prévues par la réglementation.


Mais le dispositif repose surtout sur une condition capitale : le bénéficiaire ne doit jamais avoir obtenu auparavant un CCR. Les consulats exigent d'ailleurs une déclaration sur l'honneur attestant qu'il n'a jamais bénéficié de cet avantage. Le changement de résidence n'est donc pas conçu comme un droit renouvelable. Il est considéré par le législateur comme un événement unique dans le parcours d'un émigré.


La loi de finances 2026 a certes introduit des assouplissements. Elle a notamment ouvert la possibilité d'importer certains véhicules essence, hybrides ou électriques âgés de moins de cinq ans, alors que le régime était auparavant beaucoup plus restrictif. Mais le caractère exceptionnel et unique du CCR n'a jamais été remis en question.


C'est précisément cette ligne rouge que la proposition de Djamai Nedjah entend franchir. Permettre un recours au CCR tous les dix ans reviendrait à transformer un avantage ponctuel en mécanisme périodique. Autrement dit, le législateur ne considérerait plus le retour en Algérie comme un acte unique justifiant un traitement douanier exceptionnel, mais comme une situation susceptible de se reproduire à intervalles réguliers.


Un tel changement soulève immédiatement une question de cohérence juridique. Comment parler encore de « retour définitif » lorsqu'un même bénéficiaire pourrait, dix ans plus tard, prétendre à nouveau au régime du changement de résidence ? Le concept même sur lequel repose l'article 202 se trouverait profondément fragilisé.


La proposition soulève également une question d'équité. Car les principaux bénéficiaires d'une telle réforme seraient relativement peu nombreux : cadres expatriés évoluant entre plusieurs pays, entrepreneurs internationaux, retraités partageant leur vie entre l'Algérie et l'Europe ou familles disposant des moyens financiers nécessaires pour renouveler périodiquement un véhicule entrant dans le cadre du dispositif. À l'inverse, la majorité des Algériens immatriculés auprès des consulats ne sollicitent jamais de CCR au cours de leur existence.


C'est là que la seconde partie de la proposition prend toute sa dimension politique. Le financement d'un tel dispositif passerait par une contribution de 25 euros versée chaque année par les détenteurs de la carte consulaire. En d'autres termes, l'ensemble de la diaspora participerait financièrement à un système dont seule une minorité tirerait un bénéfice direct.


Cette logique risque d'autant plus de susciter des interrogations que les revendications récurrentes de la communauté algérienne à l'étranger portent généralement sur d'autres priorités : amélioration des services consulaires, réduction du coût des transports vers l'Algérie, simplification des procédures administratives ou encore développement des infrastructures consulaires. D'ailleurs, lors de la même intervention parlementaire, Djamai Nedjah a également plaidé pour de nouvelles dessertes aériennes, une révision des prix des billets et un renforcement de la couverture consulaire dans certaines régions de France.


À ce stade, aucune source officielle ne permet d'affirmer que cette proposition a été adoptée ou intégrée au projet de loi de finances 2027. Les informations disponibles la présentent uniquement comme une proposition formulée au cours des débats parlementaires.


Une chose est néanmoins certaine : derrière le débat sur une carte consulaire à 25 euros se cache un enjeu beaucoup plus vaste. La question n'est pas seulement de savoir si les Algériens de l'étranger devront payer davantage pour leurs formalités consulaires. Elle est de déterminer si un avantage douanier historiquement conçu comme unique et exceptionnel doit devenir un droit renouvelable. Et sur ce point, la proposition ouvre un débat qui touche directement à la philosophie même de l'article 202 du Code des douanes.



Nadia B

 
 
 

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