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France-Algérie : la bataille mémorielle, un nouvel obstacle au rapprochement entre les deux pays

il y a 58 minutes
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image : CCA
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Plus de six décennies après l’indépendance de l’Algérie, le passé colonial continue de peser sur les relations entre Paris et Alger. Alors que les deux pays peinent à sortir d’une crise diplomatique persistante, les dernières déclarations de l’historien Benjamin Stora viennent rappeler combien la question mémorielle demeure un dossier sensible, dont le règlement semble encore lointain.


Le constat dressé par Benjamin Stora est sans détour. En marge de la 29e édition du Salon international du livre d’Alger (SILA), l’historien français a plaidé pour l’ouverture d’un vaste chantier consacré à la mémoire de la colonisation. À ses yeux, les excuses ne sauraient suffire à solder les différends historiques entre les deux pays. Le travail doit également porter sur les archives, l’enseignement et la transmission des témoignages, afin de mieux faire connaître à l’opinion publique française la réalité du système colonial et l’histoire du mouvement national algérien.


L’historien, qui avait remis en 2021 un rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie au président Emmanuel Macron, dresse aujourd’hui un bilan mitigé des avancées enregistrées. Si certaines recommandations ont été suivies d’effets, notamment la reconnaissance par la France de l’assassinat de plusieurs figures de la Révolution algérienne, il constate un ralentissement du processus engagé au début du quinquennat présidentiel. Il évoque également les pressions exercées par des courants politiques hostiles à toute reconnaissance du passé colonial.


Plus préoccupant encore, Benjamin Stora ne voit pas de perspective immédiate pour la reprise des travaux de la commission mixte d’historiens français et algériens. Mise en place en août 2022, dans le prolongement de la Déclaration d’Alger signée par Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, cette instance devait contribuer à une meilleure connaissance de l’histoire commune, faciliter l’accès aux archives et favoriser un travail scientifique dépassant les lectures nationales antagonistes. Son essoufflement constitue un revers pour une initiative qui avait suscité, à ses débuts, des attentes importantes.


Cette impasse mémorielle intervient dans un contexte particulièrement délicat. Depuis 2024, les relations entre Paris et Alger ont connu une succession de tensions politiques et diplomatiques, alimentées notamment par le dossier du Sahara occidental, les désaccords migratoires, les expulsions réciproques de diplomates et plusieurs affaires judiciaires et politiques. Le contentieux historique ne constitue donc pas l’unique facteur de la crise, mais il en demeure l’une des dimensions les plus profondes.


En France, la question algérienne continue d’occuper une place importante dans le débat politique. La montée en puissance des discours de l’extrême droite, les tentatives de réhabilitation de l’entreprise coloniale et les controverses autour de la guerre d’indépendance contribuent à entretenir un climat de défiance. De l’autre côté de la Méditerranée, la reconnaissance du passé colonial, les archives, les disparitions, les essais nucléaires et les conséquences humaines de la colonisation restent des attentes fortes de la société algérienne.


Cette divergence des perceptions rend toute avancée particulièrement délicate. Pour Alger, la reconnaissance des crimes et des violences de la colonisation relève d’une exigence historique et politique. En France, le sujet demeure traversé par des mémoires différentes, parfois contradictoires, entre anciens appelés, rapatriés, harkis, descendants de l’immigration algérienne et familles marquées par la guerre. Ces mémoires ne s’inscrivent pas toujours dans le même récit, ce qui complique la construction d’une approche commune.


Pour autant, réduire les difficultés franco-algériennes à la seule question mémorielle serait une erreur. Les intérêts économiques, les enjeux énergétiques, la coopération sécuritaire, les questions migratoires et les rapports diplomatiques constituent autant de dossiers qui nécessitent un dialogue régulier. Mais la persistance des désaccords historiques fragilise le climat politique dans lequel ces sujets doivent être abordés.


La difficulté tient aussi à la place accordée à l’histoire dans les débats politiques contemporains. De part et d’autre, le passé colonial peut devenir un instrument de mobilisation intérieure, au risque de transformer une démarche historique en affrontement politique permanent. Or, le travail des historiens ne peut se substituer à la volonté des États, pas plus qu’il ne peut être soumis aux impératifs diplomatiques du moment.


La question est désormais de savoir si Paris et Alger sont réellement disposés à reprendre un dialogue fondé sur la reconnaissance des faits historiques, sans instrumentalisation ni concurrence des souffrances. Une réconciliation mémorielle ne signifie pas nécessairement l’adoption d’un récit unique, mais suppose au minimum la possibilité de confronter les archives, de reconnaître les faits établis et de permettre aux chercheurs de travailler librement.


À l’heure où Benjamin Stora estime que le véritable travail de mémoire n’a pas encore commencé, les perspectives de rapprochement apparaissent incertaines. Plus de soixante ans après l’indépendance, l’histoire continue ainsi de s’inviter dans les relations entre les deux pays. Et tant que cette question restera prisonnière des calculs politiques et des crispations identitaires, elle risque de continuer à compliquer toute tentative de normalisation durable entre la France et l’Algérie.



Yacine M

 
 
 

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