Affaire Mustapha Bendjama, symbole d’une cabale judiciaire contre les voix libres de « l’Algérie nouvelle »
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Le journaliste algérien Mustapha Bendjama a été condamné à six mois de prison ferme par le tribunal d’Annaba, dans une affaire liée à la publication d’enquêtes sensibles. Alors qu’il dénonce un procès expéditif et des poursuites motivées, selon lui, par ses révélations sur une bavure policière, il doit de nouveau comparaître devant la justice le 25 février prochain.
Le journaliste Mustapha Bendjama a annoncé avoir été condamné par le tribunal d’Annaba à six mois de prison ferme, assortis d’une amende et d’un dédommagement au profit du Trésor public. Cette décision intervient alors qu’il doit être présenté le 25 février prochain devant un juge dans une autre affaire portant sur des accusations similaires.
Des accusations liées à ses publications journalistiques
Selon Bendjama, la condamnation prononcée ce mardi repose sur deux chefs d’accusation :
• Mise à la disposition du public de publications susceptibles de porter atteinte à l’intérêt national ;
• Diffusion d’informations fausses ou tendancieuses, de nature à porter atteinte à la sécurité publique ou à l’ordre public.
Le journaliste dénonce un procès « expéditif », mené selon lui sans respect de ses droits fondamentaux. Il affirme que la juge aurait « fait le travail du procureur », estimant que sa condamnation répond à une volonté de le désigner comme « bouc émissaire » après qu’il a contesté une interdiction de sortie du territoire national (ISTN) qu’il jugeait illégale.
Une affaire qui remonte à 2020
Les poursuites actuelles trouvent leur origine dans des articles publiés en 2020, dans lesquels Bendjama révélait les circonstances de la mort d’un septuagénaire tué par balle dans la commune de Sidi Amar. Alors que les services de sécurité d’Annaba niaient l’usage de balles réelles, le journaliste s’appuyait sur un rapport d’autopsie et une expertise balistique confirmant l’utilisation de munitions réelles.
Ces révélations avaient conduit à la destitution du chef de la sûreté de la wilaya d’Annaba. Le policier impliqué avait ensuite été poursuivi pour homicide involontaire et condamné.
Un nouveau procès prévu le 25 février
Mustapha Bendjama a indiqué qu’il sera de nouveau présenté devant un juge le 25 février, dans une autre affaire portant sur des accusations similaires mais concernant des faits distincts. Il affirme que ces poursuites s’inscrivent dans un contexte de pressions visant à intimider les journalistes qui dénoncent des abus ou des dysfonctionnements institutionnels.
Le journaliste assure qu’il continuera à défendre son travail et à dénoncer ce qu’il considère comme des atteintes à la liberté de la presse et à l’État de droit en Algérie.
L’affaire Mustapha Bendjama s’inscrit dans une dynamique plus large qui touche aujourd’hui nombre d’intellectuels, de journalistes et de voix critiques dans ce que les autorités présentent comme « l’Algérie nouvelle ». Derrière le discours officiel de renouveau institutionnel, plusieurs observateurs constatent une multiplication des poursuites judiciaires visant des acteurs du débat public, souvent pour des publications, des enquêtes ou des prises de position qui dérangent. Cette succession de procédures, parfois fondées sur des accusations floues ou extensives, nourrit l’idée d’une véritable cabale juridique destinée à dissuader toute expression indépendante. Dans ce climat tendu, le cas Bendjama apparaît comme un symbole de la fragilité persistante des libertés fondamentales et du rôle essentiel que jouent ceux qui continuent, malgré les risques, à documenter les zones d’ombre du pays.
Yacine M



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