« Ahmed Bey » : un projet ambitieux qui s’effondre sous les critiques
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Présenté comme un événement cinématographique majeur et attendu avec impatience par les Algériens, en particulier par les habitants de Constantine, El Hadj Ahmed Bey de Rabeh Drif devait enfin offrir une représentation fidèle du dernier bey de la ville. Produit par le Centre algérien de développement du cinéma, le film — un long‑métrage de 124 minutes — se voulait une œuvre historique retraçant la résistance d’Ahmed Bey face aux premières offensives françaises de 1830. Une ambition forte, saluée avant sa sortie, mais qui, selon les critiques, n’a pas été tenue.
Dès les premières minutes, l’œuvre montre ses limites. La chronologie apparaît floue, les repères temporels manquent, et plusieurs dates clés semblent ignorées ou mal exploitées. Les événements s’enchaînent sans cohérence, brouillant la compréhension du parcours d’Ahmed Bey et affaiblissant la portée pédagogique que le film prétendait assumer.
Les critiques soulignent également un scénario fragile. La narration avance par à‑coups, sans véritable progression dramatique, et les dialogues, souvent artificiels, peinent à donner vie aux personnages. Au lieu de renforcer l’émotion ou la tension, ils créent une distance avec le spectateur, qui peine à s’attacher à l’histoire ou à ses protagonistes.
La scénographie, elle aussi, est pointée du doigt. Alors que beaucoup espéraient être transportés dans la Constantine du XIXᵉ siècle, les décors et les choix esthétiques ne parviennent jamais à recréer l’atmosphère de l’époque. Certains détails linguistiques, comme l’usage systématique de l’arabe classique, interrogent sur la cohérence historique. Les aspects techniques, confiés en partie à une équipe étrangère, manquent de précision et renforcent l’impression d’un projet inabouti.
Selon de nombreux observateurs, le film, pourtant présenté comme une œuvre historique, s’apparente davantage à une fiction librement inspirée. Pour un public profondément attaché à la mémoire d’Ahmed Bey, cette liberté narrative passe difficilement, d’autant plus que l’œuvre était annoncée comme un hommage authentique. La controverse autour de la production, déjà marquée par des accusations antérieures de mauvaise gestion, revient alimenter les critiques. Le résultat final, jugé inférieur aux moyens engagés, nourrit le sentiment d’un gaspillage de ressources.
La participation de Gérard Depardieu, déjà entourée de polémiques, n’a fait qu’ajouter une couche supplémentaire de malaise. Son apparition, loin d’apporter une valeur artistique, semble surtout avoir ravivé des débats qui dépassent largement le cadre du film.
Au final, El Hadj Ahmed Bey apparaît, selon les critiques, comme une œuvre ambitieuse mais mal maîtrisée, un projet qui promettait beaucoup mais n’a pas su transformer ses intentions en réussite. Pour un film doté d’un budget conséquent et d’une portée symbolique forte, la déception est d’autant plus profonde.
Nadia B



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