top of page

Benjamin Stora s’emporte sur France Info : un coup de gueule révélateur d’un malaise mémoriel

  • il y a 57 minutes
  • 3 min de lecture

L’historien Benjamin Stora, figure centrale des travaux sur la mémoire franco‑algérienne, a laissé éclater sa colère lors d’un entretien diffusé sur France Info. Une scène rare, presque inédite pour ce spécialiste réputé pour son calme, qui a dénoncé en direct ce qu’il considère comme une dérive médiatique empêchant tout débat sérieux sur l’histoire.


Figure incontournable de la mémoire franco‑algérienne, Benjamin Stora avance depuis des décennies sur un terrain miné, entre passions politiques et blessures historiques. Malgré les polémiques et les procès d’intention, il demeure un homme qui continue de croire au dialogue, convaincu que seule la parole historique peut apaiser les fractures entre les deux rives. Son récent coup de colère sur France Info révèle autant l’exaspération d’un chercheur exposé que la persistance d’un engagement profondément humaniste.


Un échange qui déraille


Invité pour évoquer les enjeux mémoriels entre la France et l’Algérie — des essais nucléaires au Sahara aux dossiers des disparus de la guerre d’indépendance — Stora s’est rapidement retrouvé interrogé sur l’influenceur algérien Amir Boukhors, plus connu sous le nom d’Amir DZ. Un glissement qu’il a jugé hors sujet, voire délibéré.


Selon lui, ramener la discussion à une polémique numérique revenait à évacuer les questions historiques majeures qu’il était venu traiter. « Si on vient me parler encore ce soir d’Amir DZ, je dis non… Moi je m’en vais », a-t-il lancé, visiblement excédé.


Une dénonciation d’un “piège médiatique”


L’historien a accusé la rédaction de vouloir l’entraîner sur un terrain polémique, loin de son expertise. Il a parlé d’“humiliation intellectuelle”, regrettant que les médias français privilégient les controverses immédiates au détriment des enjeux de fond.


Pour Stora, cette focalisation sur un influenceur participe d’une “diabolisation récurrente” de l’Algérie dans l’espace médiatique français, au détriment d’un travail de compréhension historique.


Il a rappelé que la mémoire franco‑algérienne reste un sujet sensible, souvent instrumentalisé, et que les chercheurs peinent à y faire entendre une parole apaisée.


Un malaise plus large


Cet épisode met en lumière un phénomène plus profond : la difficulté des médias à traiter sereinement des relations franco‑algériennes. Entre crispations politiques, tensions identitaires et emballements numériques, les débats se transforment souvent en affrontements symboliques.


Stora, qui a remis en 2021 un rapport présidentiel sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, se retrouve régulièrement au cœur de ces controverses. Son coup de colère traduit aussi une fatigue face à la persistance des malentendus et des procès d’intention.


Un rappel à l’essentiel


En quittant presque le plateau, l’historien a voulu réaffirmer une exigence : celle de replacer l’histoire au centre du débat public.


Son message est clair : on ne peut pas comprendre le présent en évacuant le passé, ni réduire des décennies de relations complexes à des querelles d’influenceurs.


Benjamin Stora, l’historien qui porte la mémoire franco‑algérienne à bout de bras


Benjamin Stora est l’une des voix majeures de la mémoire franco‑algérienne. Né en 1950 à Constantine et arrivé en France après l’indépendance, il porte en lui l’expérience de l’exil, qui a façonné sa vocation d’historien. Depuis plus de quarante ans, il explore les fractures, les silences et les récits concurrents qui traversent l’histoire commune de la France et de l’Algérie.


Auteur prolifique, médiateur souvent sollicité, il s’efforce de faire dialoguer des mémoires qui s’opposent, refusant les simplifications et les lectures partisanes. Cette position d’équilibriste lui vaut autant d’admiration que de critiques, surtout depuis la remise de son rapport à Emmanuel Macron en 2021, qui l’a placé au cœur des débats les plus sensibles.


Exposé aux polémiques, parfois instrumentalisé, Stora continue pourtant de défendre une approche rigoureuse et apaisée de l’histoire. Son récent coup de colère sur France Info révèle moins un emportement qu’une lassitude face à la réduction du débat public à des polémiques superficielles. Malgré cela, il persiste à croire qu’un récit partagé entre les deux rives reste possible, à condition de laisser à l’histoire la place qu’elle mérite.


Nadia B

 
 
 
bottom of page