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Algérie : Quand les dirigeants fuient les hôpitaux qu’ils imposent au peuple

  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

Dans une récente déclaration publique, le président du parti El-Bina, Abdelkader Bengrina, a annoncé être malade et devoir se rendre à l’étranger pour y recevoir des soins.


Qu’un responsable politique tombe malade est parfaitement humain. Mais Bengrina n’a pas seulement évoqué son état de santé : il a tenu à préciser qu’il se soignerait hors du pays. Anticipant la polémique, il a expliqué vouloir éviter de « faire concurrence aux Algériens » dans les hôpitaux nationaux, ajoutant que le médecin qui le prendra en charge à l’étranger est « de toute façon Algérien » et que la pathologie dont il souffre ne peut pas être traitée en Algérie.


Chacun sait pourtant que l’égalité d’accès aux soins n’est pas la vertu première du système politique algérien. Aux citoyens ordinaires, les hôpitaux du pays, avec leurs qualités mais surtout leurs défaillances. Aux responsables et aux privilégiés, les cliniques de Bruxelles, d’Istanbul, de Londres, de Washington ou de Paris — pour ceux qui ne s’y disent fâchés qu’en façade.


Dans ce système à deux vitesses, Bengrina n’est qu’un exemple parmi d’autres. Avant lui — et sans doute après — de nombreuses personnalités ont pris l’avion pour des pathologies parfois bénignes, parfaitement prises en charge en Algérie. À commencer par le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, qui continue de se rendre en Allemagne pour des soins tout en affirmant que « le système de santé algérien est le meilleur du continent africain ». Il doit d’ailleurs retourner à Berlin dans les prochaines semaines, officiellement pour des rencontres politiques, officieusement pour revoir les médecins qui le suivent depuis son hospitalisation en 2020.


Plus grave encore : nombre de ces responsables se soignent à l’étranger aux frais de la sécurité sociale — civile ou militaire — alors même que, pour certains, les chances de guérison sont quasi nulles. Ils occupent ainsi la place de patients sans appuis, tout en dilapidant l’argent public.


En miroir de cette « migration sanitaire », le système de santé algérien, pourtant coûteux pour l’État, souffre de dysfonctionnements profonds. Il existe de bons médecins et des infrastructures solides, mais pour certaines pathologies lourdes, se faire soigner en Algérie relève parfois du pari. Aux problèmes structurels s’ajoute un phénomène de plus en plus préoccupant : la multiplication des diagnostics erronés. Dans de nombreux cas, les médecins peinent à identifier l’origine du mal, faisant perdre un temps précieux — parfois fatal. Mais cette urgence ne semble pas concerner les dirigeants qui, eux, ont toujours la possibilité de se faire soigner ailleurs.


Essaïd Wakli



 
 
 

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