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Algérie : Bikini interdit, burkini interdit...le corps des femmes, encore lui

  • il y a 10 heures
  • 3 min de lecture

Deux communiqués de collectifs féministes algériens, publiés à quelques heures d'intervalle, dénoncent des interdictions symétriques. Ici un hôtel de Boumerdès refuse le bikini, là des piscines refoulent les baigneuses en burkini. Deux vestiaires, une même vieille obsession.


Il fallait lire les deux textes côte à côte pour mesurer l'absurde. Le premier, signé par des féministes algériennes, s'indigne qu'on interdise le burkini à des femmes voilées venues se baigner. Le second, publié par les mêmes réseaux militants, dénonce l'interdiction du bikini dans un hôtel de Boumerdès. Deux tenues opposées, deux interdits jumeaux. Et une question, la même, posée en derja dans les deux communiqués. Chkoun ntouma ? Qui êtes-vous, au juste, pour dire aux femmes de ce pays ce qu'elles doivent porter pour nager ? Personne n'a mandaté personne. C'est bien le problème.


Aucun texte réglementaire algérien n'interdit le bikini. Aucun n'interdit le burkini, pourvu qu'il réponde aux normes d'hygiène des bassins. Ce qui prospère dans ce vide, c'est l'arbitraire du gérant, du maître-nageur, du réceptionniste promu gardien des mœurs le temps d'une saison. Un règlement intérieur griffonné, une pancarte plastifiée à l'entrée du bassin, et voilà une cliente refoulée au nom d'une pudeur qu'on lui impose ou d'une modernité qu'on lui prescrit. Les deux gestes se croient contraires. Ils sont identiques.


« Nelbsou wach nheb »


On avait rangé ces querelles au rayon des étés anciens. À tort. En juillet 2021 déjà, un hôtel de Tlemcen s'attirait une tempête de commentaires pour avoir banni le burkini de sa piscine, officiellement pour des raisons sanitaires que personne n'a jamais documentées. Quatre ans plus tôt, à l'été 2017, des habitantes d'Annaba organisaient des baignades collectives en maillot, groupe Facebook à l'appui, pour se réapproprier des plages où le bikini valait harcèlement garanti. Neuf ans ont passé. Les pancartes ont changé de camp selon les établissements, pas de logique. La cible reste la même, en une pièce ou en trois.


Car il faut nommer les choses. Le discours qui surgit chaque été, sur les plages, dans les hôtels, sur les réseaux, revient invariablement au corps des femmes. Jamais au short des hommes, jamais à leur torse nu, jamais à leur présence dans l'espace public. La sociologue Fatima Oussedik, de l'université d'Alger, décrivait dès 2016 un lent mouvement de réintroduction du corps féminin dans l'espace public algérien, un mouvement qu'il ne fallait surtout pas brusquer. Dix ans plus tard, on le brusque toujours. Par la pancarte, par le regard, par le refus à l'entrée du bassin.


Les islamistes n'ont pas le monopole de la police vestimentaire, et c'est peut-être la leçon la plus inconfortable de cet été. Interdire le burkini au nom d'une certaine idée du standing hôtelier relève de la même mécanique que l'interdire, le bikini, au nom d'une certaine idée de la décence. Dans les deux cas, une autorité autoproclamée décide à la place de l'intéressée. Dans les deux cas, une Algérienne paie sa chambre, son entrée, sa journée, et se voit signifier que son corps pose problème. Les communiqués féministes l'ont formulé avec une netteté qui manque souvent au débat public. La liberté ne se découpe pas. Défendre le droit au bikini sans défendre le droit au burkini, ou l'inverse, ce n'est pas défendre les femmes. C'est choisir sa clientèle.


Aussi, les signataires interpellent nommément le ministère du Tourisme et de l'Artisanat, sommé d'enquêter sur ces pratiques et d'y mettre fin. La demande n'a rien d'exorbitant. Les hôtels classés relèvent de son contrôle, les piscines ouvertes au public obéissent à des cahiers des charges, et le refus de vente discriminatoire tombe sous le coup du droit commun. Un rappel à la règle, une circulaire, quelques retraits d'agrément suffiraient probablement à calmer les zèles saisonniers. Encore faudrait-il que l'administration considère le sujet comme relevant du droit des consommatrices, et non comme un débat de société dont il vaudrait mieux se tenir à distance.


Le droit existe pourtant. La Constitution de 2020 garantit la liberté de conscience et l'égalité devant la loi, et la loi 09-03 relative à la protection du consommateur sanctionne le refus de vente sans motif légitime. Une cliente refoulée d'un bassin qu'elle a payé dispose, en théorie, de tout l'arsenal nécessaire. En théorie seulement. Aucune juridiction algérienne n'a, à ce jour, été saisie ni ne s'est prononcée sur une pancarte de piscine.


Sophie K.


 
 
 

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Luc DAVIN
il y a 5 heures

Si j'ai bien compris, des tiers, mâles ou non, s'approprient le corps des femmes en les dépossédant de leur liberté vestimentaire ... Celles-ci n'ont même plus le droit de décider de ce qu'elles veulent faire de leur corps. Les femmes seraient-elles des enfants ou, pire, des être mentalement et intellectuellement incapables au point de ne pouvoir décider de leur tenue vestimentaire ? ... Intégrisme laïc d'un côté, intégrisme religieux de l'autre, deux enfers qu'il convient de fuir à tout prix pour préserver cette richesse inestimable qu'est la liberté.

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