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« Je n’ai jamais fui » : Ali Lmrabet revient sur son arrestation et ses blessures

  • il y a 2 minutes
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À sa sortie de prison, le journaliste marocain Ali Lmrabet a livré un récit précis et tendu des conditions de son interpellation à l’aéroport de Tanger. Il affirme avoir été arrêté par des agents non identifiés, refusant de dire à quel corps ils appartenaient. « Qui êtes-vous ? », leur demande-t-il. Aucun ne répond. L’un finit par lâcher : « Vous saurez qui je suis. » Lmrabet insiste sur ce point : des hommes sans nom, sans grade, sans visage, opérant en dehors de toute procédure apparente.


Il montre ses mains aux journalistes. Sur son bras gauche, les marques des menottes sont encore visibles. Sa main droite tient le coup, dit-il, mais la gauche a été « bousillée » par la pression exercée. Des violences lors d’interpellations ont déjà été documentées par plusieurs organisations internationales, dont le Comité contre la torture de l’ONU, qui évoque des « cas isolés mais préoccupants » au Maroc. Le témoignage de Lmrabet s’inscrit dans cette lignée.


Selon lui, le traitement change radicalement à son arrivée à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ). Un médecin est appelé. Lmrabet lui raconte ce qu’il a vécu. Certaines personnes présentes réagissent : « Ce travail-là ne nous appartient pas. » Cette phrase, si elle est exacte, suggère une dissociation interne entre services : d’un côté, des unités opérant dans l’ombre, parfois liées au renseignement intérieur ; de l’autre, la BNPJ, structure judiciaire officielle, soumise à des procédures plus strictes. Plusieurs chercheurs, dont Driss Ksikes, ont déjà décrit cette dualité au sein de l’appareil sécuritaire marocain.


Lorsque Lmrabet demande un avocat, la réponse est sèche : « Il n’y a pas d’avocat. » Le Code de procédure pénale marocain garantit pourtant le droit à un avocat après la première période de garde à vue. Le refus catégorique rapporté par le journaliste constitue une entorse manifeste à la procédure. Face à cela, il entame une grève de la faim et de l’eau, une méthode qu’il a déjà utilisée par le passé, notamment lors de sa détention en 2005.


Après plusieurs heures, les agents lui disent simplement : « Rentrez chez vous, on vous rappellera plus tard. » Aucune convocation, aucun document, aucune date. Ce type de libération informelle a déjà été signalé dans des affaires impliquant des journalistes ou militants, comme celles de Taoufik Bouachrine ou Soulaimane Raissouni, où les procédures ont parfois comporté des zones d’ombre.


Lmrabet affirme qu’il se présentera si la justice le convoque. « Je n’ai jamais fui », dit-il. Depuis le décès de son père, il ne réside plus au Maroc et n’y possède aucun domicile, mais assure qu’il répondra à toute convocation officielle.


Figure emblématique de la presse indépendante, fondateur des journaux Demain et Doumane interdits en 2003, Ali Lmrabet a été condamné à plusieurs reprises pour « diffamation » ou « atteinte aux institutions ». Reporters sans frontières le considère depuis longtemps comme l’un des journalistes les plus harcelés du Maghreb. Son témoignage relance le débat sur les pratiques des services de sécurité marocains et sur le statut des journalistes poursuivis pour des motifs pénaux, dans un pays où les autorités affirment vouloir moderniser le système judiciaire et renforcer l’État de droit.


La rédaction


 
 
 

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