Tamazight, de la lutte citoyenne à l’université : un master qui consacre une victoire algérienne
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L’Université d’Alger 3 ouvrira, dès la rentrée 2026‑2027, un master intégré en “Communication en langue amazighe”, une première qui s’inscrit dans une histoire longue, faite de revendications, de mobilisations citoyennes et de luttes pour la reconnaissance pleine et entière de tamazight.

Le Haut Commissariat à l’amazighité (HCA) a officialisé l’annonce dans un communiqué daté du 14 juillet, soulignant que cette nouvelle formation découle de la circulaire ministérielle d’orientation des bacheliers et qu’elle vise à doter les médias nationaux de professionnels capables de produire un discours en amazigh à la hauteur des standards contemporains.
Au‑delà de l’aspect académique, cette ouverture marque un tournant symbolique. Pendant des décennies, la question amazighe a été portée par des générations d’Algériens qui ont défendu, souvent dans l’adversité, la légitimité d’une langue millénaire, parlée sur tout le territoire mais longtemps marginalisée dans les institutions. Des mobilisations du Printemps berbère de 1980 aux marches de 2001, en passant par les engagements associatifs, culturels et intellectuels, la revendication d’un statut officiel pour tamazight a constitué l’un des fils rouges de la vie politique et sociale algérienne contemporaine. La constitutionnalisation de la langue en 2016 a été une étape décisive, mais elle n’a jamais été perçue comme un aboutissement : les acteurs amazighs, les linguistes, les enseignants et les citoyens ont continué à réclamer une traduction concrète de ce statut dans l’école, les médias et les institutions.
C’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit le nouveau master d’Alger 3. En intégrant tamazight dans une filière stratégique comme les sciences de la communication et des médias, l’État donne à la langue un espace de production, de création et de professionnalisation qui dépasse le cadre strictement linguistique ou patrimonial. La formation vise à former des journalistes, animateurs, producteurs, communicants et chercheurs capables d’utiliser tamazight comme langue de travail, de réflexion et d’innovation, contribuant ainsi à enrichir le paysage médiatique national.
Pour le HCA, cette initiative représente une “profondeur cognitive et institutionnelle” nouvelle, en cohérence avec les engagements constitutionnels. Elle traduit également une évolution dans la manière dont l’université algérienne se saisit des questions identitaires : non plus comme un sujet sensible ou périphérique, mais comme un levier de créativité, de modernisation et de cohésion nationale.
L’ouverture de ce master ne clôt pas le débat sur la place de tamazight dans la société algérienne, mais elle en constitue une avancée tangible. Elle répond à une aspiration portée depuis plus de quarante ans par des millions d’Algériens : voir leur langue enseignée, étudiée, médiatisée et pleinement reconnue dans les institutions de la République.
Yacine M



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