Algérie : Chronique d’un été violent !
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Menaces de mort, retour du discours inquisiteur et anarchie généralisée ; l’été 2026 restera dans les annales comme l’un des plus violents que l’Algérie ait connu depuis très longtemps.
La première manifestation de cette violence débridée est sans aucun doute le retour décomplexé du discours religieux intégriste sur les réseaux sociaux et dans certaines mosquées. Minoration de la femme réduite à un corps désiré, sans cesse sexuée, injonctions moralisantes à l’ensemble de la société et menaces de commettre des exactions ou des meurtres contre ceux qui, parmi les Algériens, ne font pas partie de l’idéologie salafiste ont été les visages les plus marquants de cette doxa qui a envahi les réseaux sociaux durant cet été.
Tout a commencé avec une vidéo postée fin juillet par un illuminé qui a traité les jeunes enfants de 8 ans qui portent les vêtements courts de « prostituées ». Devant l’indignation généralisée, les autorités ont arrêté l’homme à la barbe qui s’est avéré être un maçon dans la vie active, donc sans qualifications dans le domaine religieux, et le tribunal de Boufarik (Blida) l’a condamné à deux ans de prison, dont un an ferme. Cela a ameuté des dizaines de salafistes, dont certains se recrutent parmi les djihadistes qui ont participé à la guerre en Syrie. Certains d’entre eux ont clairement menacé les fonctionnaires de l’Etat, considérés comme des « diables » de décapitation. C’est également l’occasion pour cette tendance de rappeler son rêve de fonder un Etat islamique en Algérie.
Cette forme de violence, verbale pour l’instant, n’a épargné ni les femmes, dont celles qui ne sont pas voilées sont menacée d’égorgement, ni ceux qui festoient, ni la majorité des Algériens, dont l’attitude est jugée non-conforme à la religion telle qu’elle est perçue par eux. Cela a poussé les autorités à opérer certaines arrestations. Mais comme l’Etat n’a pas de boussole, ces interpellations ont été «équilibrées » par d’autres emprisonnements parmi les non-religieux.
A la violence, on répond par la brutalité
Mais cette violence verbale, qui a conduit en partie aux sanglantes années 1990, n’est malheureusement pas la seule qui a marqué les chroniques algériennes cet été. Dans les quartiers, des jeunes, sous l’effet de psychotropes, se sont adonnés à des actes d’une brutalité extrême. Contre des femmes, cible plus vulnérable, contre des passants ou des automobilistes, les agressions se sont multipliées. L’usage des réseaux sociaux comme moyen de dénonciation a permis aux autorités d’arrêter un certain nombre de ces nouveaux caïds. Mais le phénomène semble être hors de contrôle, car malgré des coups de filets spectaculaires des services de sécurité, notamment la police, la tension ne retombe pas.
Pour tenter de juguler ces faits, les autorités ont créé une brigade spéciale chargée de la lutte contre « le grand banditisme » qui utilise des méthodes tout aussi impressionnantes pour faire peur à ces bandits, qui sont souvent portés sur les épaules des policiers comme pour les humilier. La pratique est discutable parce qu’elle fait fi de la présomption d’innocence et ne respecte pas la dignité des prévenus. Mais comme souvent, ce qui intéresse le pouvoir algérien est la démonstration de sa « puissance », peu importent les formes et les règles.
Cela s’ajoute à d’autres formes de violences, comme les accidents de la route qui font de plus en plus de victimes sans qu’aucun responsable gouvernemental ne soit interrogé sur sa responsabilité. Cela crée un climat d’insécurité et d’absence de responsabilité devant ce qui peut menacer la stabilité du pays. Mais comme dans tous les régimes autoritaires, le pouvoir algérien préfère régler les problèmes par la répression en mettant la poussière sous le tapis au lieu d’assumer ses responsabilités.
Essaïd Wakli



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