Algérie : Témoins de Jéhovah condamnés, l’ONU réagit...liberté religieuse en péril ?
- cfda47
- 9 juil. 2025
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Dans une affaire qui ravive les débats sur la liberté de religion et les droits civiques en Algérie, cinq membres des Témoins de Jéhovah, dont deux ressortissants français, ont été condamnés le 17 mars 2025 à deux ans de prison ferme et à une amende de 100 000 dinars chacun. Le jugement, rendu par le tribunal de Tizi Ouzou, repose sur des accusations d’“incitation à la conversion religieuse” et d’“atteinte à l’unité nationale”, conformément à la loi n°06-03 régissant les cultes non musulmans en Algérie. La réponse officielle de l’Algérie à l’ONU est intervenue début juillet 2025, suite aux préoccupations exprimées par trois rapporteurs onusiens sur la liberté de religion, les droits des minorités et la liberté de réunion pacifique. L’Algérie a affirmé que le procès s’était déroulé dans le respect des garanties légales et qu’aucune plainte n’avait été enregistrée concernant des violations de procédure.
L’affaire remonte à mars 2025, lorsque cinq membres des Témoins de Jéhovah — dont deux ressortissants français — ont été condamnés à deux ans de prison ferme et à une amende de 100 000 dinars algériens chacun par le tribunal de Tizi Ouzou. Ces condamnations étaient liées à des accusations d’incitation à la conversion religieuse et d’atteinte à l’unité nationale, en vertu de la loi sur les cultes non musulmans et du code pénal algérien.
Le prosélytisme est interdit en Algérie. Convertir un musulman ou distribuer des documents religieux peut entraîner jusqu’à 5 ans de prison. Les lieux de culte doivent être agréés par l’État. De nombreuses églises ont été fermées ces dernières années, notamment celles affiliées à l’Église Protestante d’Algérie (EPA).
Une législation controversée
La loi algérienne impose des restrictions strictes sur les pratiques religieuses minoritaires. Promulguée en 2006, la loi 06-03 exige une autorisation préalable du ministère des Affaires religieuses pour toute activité de culte non musulman. Elle a été critiquée par plusieurs ONG et organes internationaux comme un outil de répression plutôt que de régulation.
“Nos pratiques sont pacifiques et conformes à notre foi. Nous ne comprenons pas pourquoi cela dérange l’État”, a déclaré l’un des condamnés lors de l’audience.
La Constitution garantit la liberté de conscience, mais dans la pratique, les minorités religieuses sont souvent marginalisées ou poursuivies. Les Mozabites ibadites bénéficient d’une reconnaissance implicite, car leur culte est intégré dans l’islam officiel sans être explicitement nommé. Les chrétiens vivent leur foi dans la discrétion, surtout en Kabylie où la tolérance est plus grande qu’ailleurs.
Réactions internationales : la France et l’ONU interpellent
La condamnation a suscité une vive réaction du gouvernement français, qui a exprimé ses préoccupations auprès des autorités algériennes. Trois rapporteurs spéciaux de l’ONU – sur la liberté de religion, les droits des minorités et le droit de réunion pacifique – ont également adressé une communication officielle à Alger début juillet 2025.
L’Algérie a répondu le 3 juillet, affirmant que le procès s’est tenu dans le respect des procédures judiciaires et que
“aucune plainte pour violation des droits n’a été enregistrée par les intéressés”.
Une affaire révélatrice d’un climat tendu
Cette affaire intervient dans un contexte régional où les questions identitaires et religieuses prennent une dimension politique. En Kabylie notamment, les tensions entre l’État central et les mouvements autonomistes ou religieux minoritaires alimentent une méfiance persistante.
Selon le politologue Abdelmalek Ouahmed, l’affaire des Témoins de Jéhovah révèle une
“crispation de l’État algérien face à toute expression religieuse qui échappe au contrôle institutionnel”.
L’affaire des Témoins de Jéhovah en Algérie soulève des questions profondes sur l’état de la liberté religieuse dans le pays, en particulier pour les minorités non musulmanes.
Bien que la Constitution algérienne reconnaisse la liberté de culte, la loi 06-03 de 2006 impose des restrictions sévères aux religions non musulmanes, notamment l’obligation d’obtenir une autorisation préalable pour toute activité religieuse. Cette législation est souvent critiquée pour son caractère vague et répressif, permettant des poursuites pour des actes considérés comme du prosélytisme ou une atteinte à l’unité nationale.
Un signal d’alerte pour les minorités religieuses
La condamnation des cinq membres des Témoins de Jéhovah, dont deux Français, pour “incitation à la conversion religieuse” et “atteinte à l’unité nationale” montre que l’exercice de la foi peut être criminalisé lorsqu’il sort du cadre officiel. L’affaire a provoqué une réaction de l’ONU, qui a exprimé des inquiétudes sur le respect des droits fondamentaux, notamment les articles 18 et 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
La réponse de l’Algérie à l’ONU insiste sur le respect des procédures judiciaires, mais refuse de commenter les critiques sur l’usage des lois anti-prosélytisme pour restreindre la liberté religieuse.
Cette posture pourrait renforcer l’image d’un État peu ouvert à la pluralité religieuse, surtout dans un contexte où les tensions identitaires sont déjà vives.
En somme, cette affaire illustre une ligne de fracture entre les engagements internationaux de l’Algérie et sa pratique intérieure en matière de liberté religieuse. Elle pourrait avoir un effet dissuasif sur les autres groupes religieux minoritaires et renforcer le contrôle étatique sur les expressions de foi.
Position des autorités algériennes
La question de savoir si les Témoins de Jéhovah sont une secte ou une religion dépend largement du contexte culturel, juridique et sociologique dans lequel elle est posée. En Algérie, les Témoins de Jéhovah sont officiellement considérés comme une secte, et non comme une religion reconnue. Cette qualification est utilisée par les autorités dans les communications officielles et les procédures judiciaires liées à leurs activités.
Le gouvernement algérien qualifie les Témoins de Jéhovah de “secte chrétienne radicale”, agissant souvent “dans la clandestinité”.
Lors du procès de cinq membres en 2024–2025, les autorités ont souligné que le groupe menait des activités de prosélytisme sous couverture commerciale, ce qui a été jugé comme une atteinte à l’unité nationale
L’Algérie applique la loi 06-03 de 2006, qui encadre strictement l’exercice des cultes non musulmans. Toute activité religieuse doit être autorisée par le ministère des Affaires religieuses. Les Témoins de Jéhovah ne disposent pas de statut légal officiel en Algérie, ce qui les expose à des poursuites pour incitation à la conversion religieuse ou pratique illégale du culte.
Contrairement à l’Algérie, des pays comme les États-Unis, le Canada ou l’Allemagne reconnaissent les Témoins de Jéhovah comme une religion chrétienne minoritaire.
En France, ils sont parfois classés comme secte, mais bénéficient de la protection juridique accordée aux cultes.
En France : une classification controversée
En français courant, “secte” a souvent une connotation péjorative, associée à des dérives, du contrôle mental ou des abus. Il est donc important de distinguer le sens sociologique, juridique et populaire du terme.
Depuis un rapport parlementaire de 1995, les Témoins de Jéhovah sont souvent classés comme secte en France, en raison de leur fonctionnement fermé, de leur rejet des institutions (comme le vote ou le service militaire), et de certaines pratiques jugées problématiques (refus des transfusions sanguines, ostracisme des ex-membres).
Toutefois, la Cour européenne des droits de l’homme a statué en faveur de leur reconnaissance comme religion, notamment en 2011, estimant qu’ils doivent bénéficier des mêmes droits que les autres cultes.
Du point de vue sociologique
Des chercheurs comme Max Weber ou Ernst Troeltsch définissent une secte comme un groupe religieux en rupture avec la société dominante, souvent fondé sur une conversion volontaire et une morale stricte. Selon cette typologie, les Témoins de Jéhovah peuvent être considérés comme une secte au sens sociologique, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’ils sont dangereux.
Dans plusieurs pays (États-Unis, Allemagne, Canada), les Témoins de Jéhovah sont reconnus comme une religion chrétienne minoritaire.
Leur site officiel affirme qu’ils ne sont pas une secte, mais des chrétiens qui suivent les enseignements de Jésus-Christ.
En résumé, en Algérie, les Témoins de Jéhovah sont traités comme une organisation religieuse non autorisée, ce qui limite fortement leur liberté d’action et les expose à des sanctions.
Voici un aperçu des principaux groupes religieux minoritaires en Algérie et la manière dont l’État les encadre:

Yacine M



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