Algériens en France : ce que révèle vraiment l'accord de 1968
- cfda47
- 16 janv.
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Dernière mise à jour : 20 janv.

L’entretien publié par le site Histoire Coloniale et Postcoloniale avec le chercheur Baptiste Mollard propose une mise au point essentielle sur l’accord franco‑algérien de 1968 et sur la manière dont il est mobilisé dans le débat public français. Loin des discours qui présentent les Algériens comme bénéficiaires d’un régime de faveur, l’échange replace ce texte dans son histoire, ses usages politiques et ses effets concrets sur les personnes concernées.
L’un des apports majeurs de l’entretien est de rappeler que l’accord de 1968 est un produit direct de la décolonisation. Signé six ans après l’indépendance, il intervient dans un moment où la France dépend encore largement de la main‑d’œuvre algérienne pour ses secteurs industriels. L’accord n’est donc pas un geste de générosité, mais un outil de régulation migratoire façonné par un rapport de forces profondément asymétrique. Mollard insiste sur ce point : la France, puissance ancienne colonisatrice, impose largement ses conditions, tandis que l’Algérie cherche à encadrer l’émigration de ses ressortissants dans un contexte de reconstruction nationale.
L’entretien montre également que le régime instauré par l’accord est souvent mal compris. S’il prévoit un statut spécifique pour les Algériens, celui‑ci ne se traduit pas par des avantages substantiels. Les procédures administratives restent lourdes, les conditions d’accès au séjour sont strictes, et les révisions successives de l’accord ont presque toujours été restrictives. L’image d’un texte figé et généreux est donc largement démentie par les faits. Mollard souligne que, dans certains cas, les Algériens doivent même accomplir davantage de démarches que d’autres ressortissants étrangers soumis au droit commun.
Au‑delà de l’aspect juridique, l’entretien met en lumière la dimension politique de l’accord. Depuis plusieurs années, il est devenu un objet de polémique, souvent instrumentalisé pour alimenter l’idée d’une immigration algérienne « privilégiée ». Mollard rappelle pourtant que la dénonciation de l’accord serait complexe, tant sur le plan diplomatique que juridique. L’Algérie y reste attachée pour des raisons historiques et symboliques, et la France l’utilise comme un levier dans une relation bilatérale marquée par des tensions récurrentes. L’accord est donc moins un « privilège » qu’un outil diplomatique, dont la portée dépasse largement la seule question migratoire.
L’entretien insiste enfin sur la réalité sociale vécue par les Algériens en France. Loin de bénéficier d’un traitement de faveur, ils sont sur‑représentés dans les emplois précaires, exposés à des discriminations et confrontés à des obstacles administratifs persistants. Le régime de 1968 ne compense en rien ces difficultés structurelles. Mollard montre que la rhétorique du « privilège » masque en réalité des inégalités profondes et contribue à alimenter des représentations stigmatisantes.
En replaçant l’accord dans son histoire, en déconstruisant les idées reçues et en analysant ses usages politiques, l’entretien publié par Histoire Coloniale et Postcoloniale offre une lecture nuancée et rigoureuse d’un sujet souvent déformé par le débat public. Il rappelle que les relations migratoires franco‑algériennes ne peuvent être comprises sans tenir compte du passé colonial, des enjeux diplomatiques contemporains et des réalités sociales vécues par les personnes concernées.
Nadia B



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