Des journalistes algériens réclament des inspections du travail dans les rédactions
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La fiche de paie arrive en retard, le contrat tient à un fil, la sécurité sociale reste un horizon flou. L'Organisation nationale des journalistes algériens publie un deuxième communiqué et monte d'un cran.
Quelques semaines après la condamnation en appel de Mustapha Bendjama à un an de prison ferme, qui a ravivé les critiques sur le traitement judiciaire de la presse algérienne, c'est une autre réalité du métier qui remonte à la surface. Pas celle des procès médiatisés, mais celle, moins visible, des salaires impayés et des déclarations sociales introuvables. L'Organisation nationale des journalistes algériens (ONJA) publie son deuxième communiqué de l'année et tire la sonnette d'alarme sur des conditions de travail qu'elle juge incompatibles avec les ambitions affichées par l'État en matière de réforme du secteur.
L'organisation dit avoir reçu, depuis son premier communiqué, «des dizaines de témoignages» émanant de journalistes de diverses rédactions. Ces signalements font état de retards de salaires récurrents, d'absence de couverture sociale, de contrats de travail précaires et de pratiques internes qui fragilisent la stabilité professionnelle des rédacteurs. L'ONJA n'individualise pas les cas, ne cite aucune rédaction nommément, mais la masse des remontées semble avoir précipité sa décision de hausser le ton.
La demande centrale adressée au ministère du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale est précise : des visites surprises des inspecteurs du travail dans les entreprises de presse. L'objectif revendiqué est de vérifier sur le terrain le respect du code du travail, notamment le paiement des salaires dans les délais légaux, l'affiliation des employés aux organismes de sécurité sociale et la conformité des contrats. À cette requête s'ajoute un appel à une enquête d'ensemble sur la situation socioprofessionnelle des journalistes dans l'ensemble des rédactions du pays.
Ce qui rend l'argument politiquement difficile à écarter est la nature du lien financier entre nombre de ces entreprises de presse et l'État. La publicité institutionnelle représente pour beaucoup de médias algériens une part déterminante de leurs revenus. L'ONJA fait valoir que ce soutien public devrait être conditionné au respect effectif des droits des salariés. La position n'est pas nouvelle dans le débat sur la régulation des médias, mais elle prend ici une forme explicite et documentée.
L'organisation se garde de formuler ses demandes en opposition frontale au pouvoir. Au contraire, elle inscrit ses revendications dans le prolongement des réformes engagées sous l'impulsion de Abdelmadjid Tebboune, qui a pris des engagements sur l'amélioration des conditions des journalistes. Rhétorique d'allégeance ou véritable conviction, le positionnement est calibré pour maximiser les chances d'être entendu.
Le communiqué se conclut sur un registre solennel, évoquant la mémoire des journalistes morts dans l'exercice de leur mission et affirmant que les journalistes algériens ne réclament «ni privilège, ni récompense», mais simplement un minimum de stabilité et de dignité professionnelle. Autrement dit, trente ans après la décennie noire, le journalisme algérien règle encore des questions élémentaires.
Amine B.



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