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Après un an d’interdiction de visite, l’avocat de Mohamed Abdallah et Mohamed Benhalima raconte une audience bouleversante

  • cfda47
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Après près d’un an sans pouvoir rencontrer ses clients, l’avocat Zakaria Benlahrech a enfin été autorisé à revoir Mohamed Abdallah et Mohamed Benhalima. Une reprise de contact qu’il décrit comme profondément marquante, tant sur le plan humain que professionnel.


Pendant douze mois, Me Benlahrech s’était vu refuser à plusieurs reprises les permis de visite nécessaires pour exercer sa mission auprès des deux détenus. Une situation qu’il qualifie d’« empêchement administratif » ayant empêché tout échange direct et entravé, selon lui, l’exercice normal de la défense.


Des retrouvailles marquées par le poids du temps


Dans un texte publié après l’audience, l’avocat raconte l’émotion de ces retrouvailles. Il évoque des visages changés, des silences lourds, et une manière d’être qui témoigne de l’impact d’une année entière sans contact extérieur.


« Le temps écoulé laisse des traces visibles », écrit-il, soulignant que cette absence forcée n’a rien d’une simple parenthèse mais constitue une épreuve profonde pour ses clients.


Un geste simple, devenu exceptionnel


Un moment a particulièrement marqué l’audience : la demande de Mohamed Benhalima à la magistrate de pouvoir saluer son avocat par un geste d’affection. Une requête rare dans un cadre judiciaire strict, mais qui, selon Me Benlahrech, traduisait « la reconnaissance, la confiance » et surtout « le besoin de préserver un minimum de chaleur humaine » dans un environnement où tout est habituellement rigide.


Ce geste, autorisé par la magistrate, a symbolisé pour l’avocat l’intensité de l’épreuve vécue par les deux hommes.


« On sort de telles rencontres marqué »


À la sortie de l’audience, Me Benlahrech se dit « profondément touché » par la dignité de Mohamed Abdallah et Mohamed Benhalima malgré la souffrance visible. Il rappelle que derrière les procédures et les décisions judiciaires, « il y a des hommes », et que lorsque même un simple salut devient exceptionnel, cela en dit long sur la réalité quotidienne de leur détention.


Retour sur les faits


Expulsés d’Espagne en 2021 en raison de leur situation irrégulière, les deux anciens militaires algériens Mohamed Abdallah (ex‑gendarme) et Mohamed Benhalima (ex‑caporal de l’ANP) ont été immédiatement incarcérés à la prison militaire de Blida. Leur expulsion avait suscité de fortes inquiétudes d’ONG, qui alertaient sur les risques de mauvais traitements et de poursuites politiques.


Depuis leur retour forcé, ils sont poursuivis dans de nombreuses affaires, aussi bien devant les juridictions civiles que militaires.


Lors de leur premier procès, les accusations criminelles avaient été annulées et ils avaient été condamnés à cinq ans de prison pour délits. Le parquet comme les accusés ont fait appel, et un nouveau procès est programmé.


Mohamed Abdallah ;

• Poursuivi dans 17 affaires.

• A récemment écopé de 12 ans de prison ferme devant le tribunal militaire.

• Déjà condamné par contumace à 20 ans pour « désertion » et « atteinte au moral de l’armée ».

• A cumulé des peines allant jusqu’à 15 ans de réclusion dans d’autres dossiers.

• Plusieurs procès restent à programmer.


Mohamed Benhalima :

• Poursuivi dans 35 affaires et en attente d’une dizaine de procès.

• A reçu une peine maximale de 6 ans de prison ferme pour des faits délictuels.

• A été acquitté dans une affaire sensible liée à l’ex‑secrétaire particulier de Gaïd Salah.

• Condamné à mort par contumace pour des accusations d’« espionnage » et de « livraison d’informations à l’étranger ».

• D’autres dossiers militaires restent en attente.


Un contexte humain très lourd


Après près d’un an d’interdiction de visite, leur avocat, Me Zakaria Benlahrech, décrit des conditions de détention éprouvantes, des hommes visiblement marqués, et un moment particulièrement fort lorsque Benhalima a demandé à la magistrate l’autorisation de saluer son avocat par un geste d’affection.


Son témoignage met en lumière les conséquences humaines des restrictions administratives imposées aux avocats et aux détenus, ainsi que la fragilité du lien essentiel entre défenseur et défendu.


Nadia B

 
 
 
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