Après le harcèlement et le combat judiciaire, Imane Khelif remonte sur le ring

La championne olympique algérienne disputera son premier combat professionnel le 15 décembre à la Maison de la Mutualité, à Paris. Elle revient sur le ring après plus de deux ans marqués par une campagne de haine en ligne, une enquête judiciaire et un affrontement avec les instances du sport autour de tests génétiques.
Imane Khelif combattra le 15 décembre à la Maison de la Mutualité, à Paris, pour ses débuts chez les professionnelles. La championne olympique algérienne des -66 kg l'a annoncé vendredi 6 novembre lors d'un point presse, aux côtés de son entraîneur Kamel Abdesselam et de l'organisateur de la soirée, Yacin Berrabah. Elle affrontera chez les super-welters (69,8 kg maximum) Clarida Sarabia, licenciée aux Pays-Bas.
Elle détient désormais une licence professionnelle féminine de la Fédération française de boxe, qu'elle attendait déjà en février. Un premier retour, envisagé en avril, avait été repoussé après une blessure à l'entraînement. Cela fait plus de deux ans qu'elle n'a pas boxé, a-t-elle dit, et le ring lui a «vraiment manqué», même si les dernières années ont été «assez compliquées».
Tout avait basculé aux Jeux de Paris, en août 2024. Après l'abandon de l'Italienne Angela Carini au bout de quelques secondes de combat, Imane Khelif était devenue la cible d'une campagne mondiale qui la présentait comme un homme combattant des femmes. Le Comité international olympique (CIO) avait défendu sa participation et jugé arbitraires les tests de l'Association internationale de boxe (IBA), qui l'avaient écartée des Mondiaux de 2023.
Le 9 août 2024, jour de sa victoire en finale, son avocat Nabil Boudi déposait en son nom une plainte pour cyberharcèlement aggravé auprès du pôle national de lutte contre la haine en ligne du parquet de Paris. Déposée contre X, elle citait notamment Elon Musk et J. K. Rowling. Une enquête a été ouvertele 13 août, notamment pour cyberharcèlement en raison du genre et injures publiques liées au genre et à l'origine. La boxeuse avait elle-même estimé que la diffusion de ces fausses informations portait atteinte à la dignité humaine.
Tests génétiques imposés et recours devant le TAS
En mai 2025, World Boxing, la fédération chargée à titre provisoire d'organiser le tournoi olympique de Los Angeles en 2028, a rendu obligatoire un test PCR recherchant le gène SRY, situé sur le chromosome Y, pour toute boxeuse souhaitant concourir dans la catégorie féminine. Imane Khelif, qui n'avait pas passé ce test, a été écartée du tournoi d'Eindhoven en juin. Elle a saisi le Tribunal arbitral du sport (TAS) le 5 août, et celui-ci a refusé le 1er septembre de suspendre la décision de World Boxing avant d'examiner l'affaire sur le fond.
En février 2026, elle a confirmé dans un entretien porter le gène SRY, qu'elle décrit comme naturel, et révélé avoir suivi des traitements hormonaux pour abaisser son taux de testostérone avant des compétitions. Elle a redit avoir été élevée comme une fille et ne pas être transgenre. Elle s'est aussi dite prête à passer les tests exigés pour les prochains Jeux.
Le 26 mars, le CIO a décidé de rétablir les tests chromosomiques pour Los Angeles, avec recherche du gène SRY, dont la présence constitue selon lui une preuve très fiable d'un développement sexuel masculin. La mesure n'étant pas rétroactive, la médaille de Paris n'est pas remise en cause. Les fédérations invoquent la sécurité et l'équité des compétitions, et World Boxing a assuré que sa mesure visait la santé et la sécurité de toutes et de tous, sans préjuger du résultat des tests. Reste que des données médicales d'ordinaire couvertes par le secret sont devenues, pour la boxeuse, un sujet de débat mondial.
Un premier combat à Paris, avec la ceinture mondiale en ligne de mire
Imane Khelif a voulu que ses débuts aient lieu à Paris, où elle a été sacrée championne olympique, un souvenir qui, dit-elle, l'a marquée pour toute sa vie. Elle n'a pas souhaité revenir sur «la polémique mondiale» née de ce sacre, expliquant seulement avoir eu besoin de «reposer un peu (sa) tête». Interrogée sur les Jeux de Los Angeles en 2028, elle a répondu avoir déposé plainte contre World Boxing, qui l'avait privée du tournoi d'Eindhoven, et vouloir se concentrer sur le parcours professionnel.
Son entraîneur lui a déconseillé de retenter les Jeux, estimant que l'intérêt est d'aller chercher les titres mondiaux, et Yacin Berrabah dit ne plus vouloir la voir repasser chez les amateurs. Kamel Abdesselam voit en elle une candidate à une ceinture mondiale en trois à cinq combats, tandis que Yacin Berrabah la compare à Mohamed Ali.
Kamel Abdesselam ne cache pas que ce premier combat comporte un risque, car Clarida Sarabia est invaincue et ses quatre victoires sont toutes arrivées avant la limite, mais il dit avoir confiance en sa boxeuse.
Amine B.



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