Libertés académiques : Samir Larabi cité à comparaître pour diffamation

Privé de soutenance puis exclu de l'université Abderrahmane-Mira, le doctorant en sociologie est convoqué le 12 novembre devant le tribunal de Béjaïa pour diffamation, sur plainte du recteur. Il y voit une nouvelle étape de l'acharnement dont il se dit victime depuis le dépôt de sa thèse, en juin 2023.
Samir Larabi, doctorant en sociologie à l'université Abderrahmane-Mira de Béjaïa, doit comparaître le jeudi 12 novembre devant le tribunal de la ville pour diffamation, à la suite d'une plainte du recteur de l'établissement. Il affirme avoir reçu la convocation ces derniers jours. Il avait déjà indiqué en mai que le recteur avait saisi la justice contre lui, et la procédure arrive aujourd'hui devant un juge.
Le principal intéressé refuse le rôle de prévenu. Victime, dit-il, d'un abus de pouvoir du rectorat, il accuse celui-ci d'avoir bloqué sa thèse en s'abritant derrière le conseil scientifique de l'université. Cet organe n'aurait, selon lui, ni les compétences scientifiques ni les compétences juridiques pour évaluer un travail de sociologie, encore moins pour le rejeter et l'exclure de la formation doctorale.
Le dossier remonte au 8 juin 2023, date du dépôt de la thèse sur la plateforme Progres. Son intitulé initial, tel que le consigne le procès-verbal du conseil scientifique de la faculté des sciences humaines et sociales, était « Mouvement berbériste en Kabylie : entre demande d'intégration et velléités indépendantistes ». La direction de la thèse, puis les instances scientifiques du département et de la faculté, l'avaient validée, ces dernières à trois reprises. Le recteur a pourtant exigé des modifications de contenu, ce que Samir Larabi tient pour illégal. Il s'y est plié, dit-il, la mort dans l'âme.
Les chapitres consacrés aux mouvements indépendantistes et au Hirak de 2019 ont alors été supprimés, et la thèse s'intitule désormais « Les formes d'organisation des mouvements sociaux en Kabylie », une version qui n'aborde plus du tout la question indépendantiste. Le conseil scientifique de la faculté a validé ces changements, mais le rectorat n'en a pas démordu. Le doctorant décrit vingt-neuf mois de tergiversations. En mai 2025, le conseil scientifique de l'université a jugé le sujet sensible et contraire à l'article 9 de la Constitution, avant de l'exclure en janvier 2026.
À ceux qui l'accusent de « Fitna », Samir Larabi répond qu'ils n'ont lu ni les deux versions de sa thèse ni l'article qu'il a publié en 2023 dans la revue Aleph. Une heure de lecture leur aurait appris, assure-t-il, que la première version déconstruit les fondements idéologiques des mouvements séparatistes en Algérie et que la seconde ne traite pas du sujet. Un membre du conseil scientifique de l'université, qui s'est exprimé sur les réseaux sociaux, l'a diffamé, affirme-t-il. Il juge que les termes des procès-verbaux, comme les propos de ce membre, d'une extrême gravité à ses yeux, trahissent les arrière-pensées idéologiques de ceux qui ont décidé de l'écarter.
L'affaire a largement débordé les murs de l'université. Une pétition d'enseignants et de chercheurs algériens et étrangers a réclamé fin 2025 la levée du blocage, le sociologue Nacer Djabi y a vu une atteinte aux libertés académiques, et le sénateur FFS de Béjaïa Mehenni Haddadou a interpellé en janvier le président du Sénat et le gouvernement.
La convocation survient moins de deux semaines après le 25 octobre, jour où le sociologue a été empêché d'embarquer à l'aéroport d'Alger pour Tunis, où il devait intervenir dans un colloque consacré à la politique industrielle verte. Ses camarades ont dénoncé une interdiction de sortie du territoire dont il n'aurait reçu aucune notification préalable, sans que les raisons de l'empêchement soient précisées.
Samir Larabi assure qu'il ne reculera pas. Ceux qui souhaitent le briser se trompent à son sujet, prévient-il, et son message se clôt sur un seul mot, « Résistance ! ».
Amine B.



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