Arrestation d’Ali Lmrabet au Maroc : l’indignation sélective de la presse algérienne
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L’arrestation du journaliste marocain Ali Lmrabet à son arrivée à Tanger a été immédiatement relayée par plusieurs médias algériens. El Watan a consacré un article détaillé à « l’interpellation d’un journaliste critique du régime marocain », reprenant les éléments fournis par des sources locales et internationales. DzairTube a publié une tribune de Soulaimane Raissouni dénonçant « la répression systémique » au Maroc. Algérie Direct et Algérie 360 ont également diffusé la nouvelle, souvent en insistant sur le caractère « politique » de l’affaire.
Cette mobilisation rapide et bruyante contraste avec la discrétion — parfois le silence — qui entoure les cas de journalistes algériens emprisonnés dans leur propre pays. Car pendant que ces médias s’indignent de l’arrestation d’un journaliste marocain, trois journalistes algériens sont actuellement derrière les barreaux : Abdelwakil Blamm, arrêté pour des publications jugées « subversives » ; Hassan Bouras, chroniqueur connu pour ses enquêtes sur la corruption locale ; Mourad Atmimou, poursuivi pour « diffusion de fausses informations » dans le cadre de son travail.
À cela s’ajoute la situation de Mustapha Bendjama, journaliste d’Annaba, emprisonné puis libéré mais toujours interdit de quitter le territoire depuis plusieurs années, malgré l’absence de condamnation en cours. Son cas, emblématique de la pression judiciaire exercée sur les reporters algériens, ne bénéficie pas de la même visibilité dans les médias qui s’empressent aujourd’hui de dénoncer Rabat.
L’affaire Lmrabet devient ainsi un révélateur : elle montre comment une partie de la presse algérienne utilise les violations de la liberté de la presse au Maroc comme un miroir commode, permettant de détourner l’attention des atteintes internes. Les mêmes accusations portées contre Lmrabet — « fausses informations », « atteinte aux institutions », « trouble à l’ordre public » — sont précisément celles utilisées contre les journalistes algériens emprisonnés. Pourtant, les articles publiés par El Watan, DzairTube ou Algérie 360 ne font aucun parallèle, comme si les réalités nationales ne méritaient pas la même indignation.
Cette asymétrie n’est pas seulement médiatique : elle est politique. En dénonçant avec vigueur ce qui se passe à Tanger, ces médias construisent un récit confortable où la liberté de la presse est menacée ailleurs, chez le voisin, chez l’adversaire géopolitique. Ce récit permet d’éviter l’introspection, de contourner les questions qui dérangent, de maintenir l’illusion d’une presse nationale indépendante alors que les faits montrent une situation autrement plus préoccupante.
L’arrestation d’Ali Lmrabet, au-delà de son importance réelle, révèle surtout les angles morts volontaires de la presse algérienne. En s’indignant de ce qui arrive à un journaliste marocain, elle se tait sur ce qui arrive à Blamm, Bouras, Atmimou et Bendjama. Et ce silence, plus que les articles publiés, dit tout de l’état actuel de la liberté d’informer en Algérie.
Nadia B



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