« Chantage politique » : Rafik Bouhllal saisit la Cour européenne des droits de l’homme
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L’économiste et analyste politique algérien Rafik Bouhllal, fondateur de la société Carbon Green, a annoncé avoir mandaté l’avocat français Gilles-William Goldnadel pour engager une procédure contre l’État algérien devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Cette initiative, rare pour un ressortissant algérien, s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre l’homme d’affaires et les autorités d’Alger, qu’il accuse de violations répétées de ses droits fondamentaux depuis près d’une décennie.
Selon le communiqué qu’il a rendu public, Bouhllal affirme avoir été victime d’une série de mesures coercitives, dont une condamnation à quatre années de prison pour une publication sur Facebook. Il soutient que cette condamnation avait pour objectif d’étouffer le scandale NAFTAL / Carbon Green / COP21, un dossier mêlant enjeux énergétiques, gestion publique et soupçons de corruption. Sur les réseaux sociaux et dans plusieurs interventions médiatiques, Bouhllal a régulièrement dénoncé ce qu’il considère comme un système opaque de détournements et de pressions au sein du secteur pétrolier algérien, un discours qui lui a valu une exposition médiatique mais aussi, selon lui, des représailles politiques.
L’économiste affirme également avoir été soumis à un “chantage au sol”, expression qu’il utilise pour décrire une pratique qu’il juge illégale : les autorités lui auraient demandé de signer un document l’engageant à ne plus critiquer le régime algérien en échange du renouvellement de son passeport. Ce type de pression administrative, déjà dénoncé par d’autres militants et journalistes algériens, consiste à conditionner un droit fondamental — la liberté de circulation — à une obligation de silence politique. Bouhllal affirme avoir refusé de signer ce document, ce qui aurait entraîné un blocage prolongé de ses démarches administratives.
Sur la toile, plusieurs publications antérieures de Bouhllal, ainsi que des vidéos et interventions publiques, confirment qu’il dénonce depuis quelques années des pressions psychologiques, des menaces et un harcèlement qu’il attribue à des cercles proches du pouvoir. Il affirme que ces pratiques ont pour objectif de le réduire au silence, de l’isoler et de l’empêcher de poursuivre ses activités professionnelles et militantes. Ses prises de position critiques contre la gouvernance d’Abdelmadjid Tebboune, la gestion des entreprises publiques et la corruption systémique ont été largement relayées sur les réseaux sociaux, où il est suivi par une communauté engagée.
Rafik Bouhllal estime que la justice algérienne est « soumise » au pouvoir exécutif et qu’elle protège « la corruption et les corrompus au plus haut sommet de l’État ». Cette accusation, récurrente dans les milieux de l’opposition, s’inscrit dans un contexte plus large où plusieurs ONG internationales — dont Human Rights Watch et Amnesty International — ont documenté des cas de détentions arbitraires, de pressions administratives et de restrictions de la liberté d’expression en Algérie depuis 2019. La condamnation de Bouhllal, son blocage administratif et les pressions qu’il décrit s’inscrivent dans ce climat de crispation politique.
En saisissant la Cour européenne des droits de l’homme, Bouhllal cherche à obtenir une reconnaissance internationale des violations dont il se dit victime. La CEDH, bien que compétente uniquement pour les États membres du Conseil de l’Europe, peut être saisie par des ressortissants étrangers lorsque les faits dénoncés impliquent des autorités européennes ou lorsque la procédure concerne des actes commis sur le territoire européen. Dans le cas de Bouhllal, la procédure viserait notamment les entraves administratives et les pressions exercées alors qu’il se trouvait en France, où il réside depuis plusieurs années.
L’affaire intervient dans un contexte où la diaspora algérienne joue un rôle croissant dans la dénonciation des dérives du régime. Sur Internet, les publications de Bouhllal ont souvent été reprises par des collectifs militants, des pages d’information indépendantes et des réseaux d’opposants qui voient dans son cas un exemple de la stratégie de pression exercée par Alger sur ses ressortissants à l’étranger. La mobilisation autour de son dossier pourrait contribuer à renforcer la visibilité internationale des pratiques qu’il dénonce.
Pour Bouhllal, cette procédure devant la CEDH représente autant un acte juridique qu’un geste politique. Il affirme vouloir « faire reconnaître les violations dont il est victime » et rétablir ses droits fondamentaux. Son avocat, Maître Goldnadel, connu pour défendre des dossiers sensibles liés aux libertés publiques, devrait déposer dans les prochaines semaines un dossier détaillé retraçant les pressions, les décisions administratives et les éléments de chantage allégués.
L’affaire pourrait devenir un test de la capacité des institutions européennes à examiner les plaintes de ressortissants étrangers victimes de pressions politiques dans leur pays d’origine, et à déterminer dans quelle mesure ces pratiques peuvent être qualifiées de violations des droits humains lorsqu’elles s’étendent au-delà des frontières nationales.
Nadia B



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