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Arrestations et locaux sous scellés : le CFDA exige la fin de la répression contre les familles de disparus

  • il y a 34 minutes
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Locaux mis sous scellés le 16 mars, présidente bannie du territoire depuis juillet 2025, proches arrêtés les 4, 7 et 8 avril. En l'espace de quelques semaines, les autorités algériennes ont méthodiquement démembré le seul collectif qui réclame, depuis 1998, la vérité sur les quelque 7 000 disparus de la décennie noire.  


Quatre exigences. Le Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA) les a formulées depuis Paris le 10 avril 2026, dans un communiqué adressé aux autorités algériennes : cessation des harcèlements, réouverture des locaux de SOS Disparus mis sous scellés, levée des mesures visant sa présidente Nassera Dutour, et création d'une commission indépendante sur les disparitions forcées de la décennie noire.   


Le 9 avril 2026, Slimane Hamitouche, militant depuis 1998 et famille de disparus, a été condamné à six mois de prison ferme par le tribunal de Sidi M'Hamed à Alger, sans mandat de dépôt, pour “attroupement non armé”. Quatre jours plus tôt, Rachid Ben Nakhla, fils de disparu, avait été arrêté. Le 7 avril, Samia Bekouche, épouse de Farid Tallaa disparu en 1998, et son fils Hamza avaient été retenus plusieurs heures par les forces de sécurité. Selon le CFDA, l'opération visait à faire pression sur Faouzi Tallaa, un proche établi en France, pour l'empêcher de poursuivre ses démarches pour la vérité et la justice. Des enfants de disparus convoqués pour faire taire des enfants de disparus établis à l'étranger : la mécanique de la répression a changé de registre.  


Deux ans plus tôt, en février 2024, les locaux de SOS Disparus avaient déjà été encerclés pour empêcher la tenue d'une conférence sur la justice transitionnelle. En mai 2025, le site internet de l'organisation est devenu inaccessible depuis l'Algérie. Le 30 juillet 2025, Nassera Dutour elle-même, fondatrice du CFDA, citoyenne algérienne munie de son passeport, s'est présentée à la douane d'Alger. Elle a été retenue plusieurs heures, puis renvoyée vers Paris sans qu'aucune justification ne lui soit fournie. Le procès-verbal de refoulement ne portait ni signature ni motif, en violation directe de l'article 49 de la Constitution algérienne, qui garantit à tout citoyen le droit d'entrer sur son propre territoire. Elle a saisi la justice algérienne. La Cour administrative d'appel d'Alger a rejeté son recours en janvier 2026, en invoquant l'expiration de son passeport en décembre 2025, bien que les faits de refoulement se soient produits sous sa validité, et l'absence d'une copie de la “décision d'interdiction”, document que les autorités refusent systématiquement de notifier officiellement. Le Comité pour la Justice a qualifié cette décision de “déni de justice flagrant”.  


Le 16 mars 2026, vers 13h30, une cinquantaine de policiers en uniforme se sont présentés au siège algérois de SOS Disparus, munis d'une décision de fermeture signée par le gouvernorat d'Alger. Les locaux ont été mis sous scellés. Le prétexte avancé : l'absence d'enregistrement officiel. Une organisation que les mêmes autorités refusent d'enregistrer depuis vingt-cinq ans. Depuis plus de vingt-cinq ans, ces locaux constituaient l'un des rares espaces en Algérie où les familles de personnes disparues pouvaient se réunir, obtenir un accompagnement et faire vivre la mémoire de leurs proches.  


De son exil parisien contraint, Nassera Dutour n'a pas varié. Elle a déclaré que les dossiers sont dans une base de données qu'il est impossible de détruire, et qu'elle a préparé la relève : même après sa mort, les familles continueront à réclamer la vérité. Depuis la disparition de son fils Amine Amrouche, 21 ans, enlevé en janvier 1997 à Baraki, en banlieue d'Alger, elle a constitué 5 400 dossiers individuels de cas de disparitions forcées, transmis au Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires des Nations unies. Ce travail de mémoire, patient et méthodique, est précisément ce que les autorités cherchent à interrompre.  


Car le dossier que ces arrestations cherchent à refermer remonte aux années 1990. Entre 1992 et la fin de la décennie, les services de sécurité algériens, tous corps confondus, se sont livrés à une pratique massive et systématique d'arrestations arbitraires suivies de disparitions de civils. Le chiffre de 7 000 victimes représente l'estimation la plus basse ; d'autres sources avancent jusqu'à 20 000.   


Selon le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires des Nations unies, l'Algérie figure parmi les cinq premiers pays au monde en termes de cas non résolus. En 2005, l'État a proposé une compensation financière aux familles, officiellement pour clore le chapitre. Cette politique de réconciliation nationale s'est traduite par des lois d'amnistie garantissant l'impunité aussi bien aux groupes armés islamistes qu'aux forces de l'État, sans qu'aucune action politique concrète ne traite les dossiers des disparus ni ne prenne en charge les familles. SOS Disparus et le CFDA ont refusé ce solde de tout compte dès leur fondation. C'est ce refus, maintenu pendant près de trente ans, que les autorités sanctionnent aujourd'hui.  


La communauté internationale a suivi. Amnesty International, réagissant au lendemain de la mise sous scellés, a estimé que cette fermeture portait un coup dévastateur au combat pour la liberté, la justice et les réparations en Algérie, et que les autorités recouraient une fois de plus à la loi 12-06 sur les associations pour étouffer le travail en faveur des droits humains.   


Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à l'organisation, souligne que si les autorités algériennes ont toléré la présence de SOS Disparus à Alger pendant plus de vingt ans, elles ont commencé à intensifier leur répression contre cette organisation en 2024.   


Dans son rapport de 2024, le Rapporteur spécial de l'ONU Clément Voule avait relevé que militants et journalistes continuaient à faire face à des détentions arbitraires et que des associations étaient arbitrairement dissoutes ou se voyaient refuser l'enregistrement. La Rapporteure spéciale pour les défenseurs des droits humains Mary Lawlor avait averti que seules 25 des 137 474 organisations de la société civile algérienne se consacraient spécifiquement aux droits humains, et que celles opérant hors du cadre défini par l'État faisaient face à de graves difficultés.  


En attendant une réponse à ses quatre exigences, Nassera Dutour reste bannie de son propre pays et les locaux de SOS Disparus demeurent sous scellés.  

 

Amine B.   

 
 
 
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