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Avec 20,79 % de participation, le futur Parlement algérien naît en déficit de légitimité

  • il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour

L'abstention record du 2 juillet dépasse le simple désintérêt électoral. Elle interroge la stratégie institutionnelle du pouvoir depuis 2019 et fragilise l'Assemblée avant même sa mise en place.


Le scrutin a été prolongé d'une heure, jeudi 2 juillet, sans effet notable sur la mobilisation. À la clôture des bureaux, Karim Khelfane, président par intérim de l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), annonçait un taux de participation de 20,79 % sur le territoire national et de 10,67 % pour la communauté établie à l'étranger. « Ces chiffres sont provisoires », a-t-il précisé, ils « vont sûrement changer et bouger ». La marge de correction ne modifiera pas la donnée politique. Sur 24 727 041 inscrits, près de quatre sur cinq se sont abstenus.


Le repère précédent datait de juin 2021. Les législatives d'après-Hirak, déjà désertées, avaient enregistré 23 %, plus bas historique du pays. Ce seuil vient de céder, dans un scrutin sans crise sanitaire, sans mot d'ordre de boycott structuré et au terme d'une campagne officiellement centrée sur la mobilisation des électeurs.


La lecture de ce chiffre engage directement le bilan institutionnel du pouvoir. Depuis 2019, la reconstruction de la confiance entre les citoyens et les institutions a été présentée comme l'axe central du projet politique d'Abdelmadjid Tebboune, réélu en 2024. Révision constitutionnelle, renouvellement des assemblées, discours sur l'Algérie nouvelle, l'ensemble visait à tourner la page de la contestation de 2019 en redonnant un contenu à la représentation. Les législatives du 2 juillet constituaient le premier test national de ce second mandat. Le corps électoral n'a pas suivi.


L'explication par la lassitude ne suffit plus. Trois éléments distinguent l'abstention actuelle d'un simple reflux conjoncturel. D'abord sa constance, chaque consultation depuis 2019 s'établissant sous les seuils antérieurs. Ensuite son extension à la diaspora, dont le taux de 10,67 % traduit une rupture de lien avec un électorat de 854 285 inscrits que l'État courtise par ailleurs pour ses transferts financiers et son poids économique. Enfin sa dimension politique, l'offre soumise au vote ayant été verrouillée en amont. L'écartement de personnalités disposant d'un ancrage électoral réel, les invalidations de candidatures et la recomposition du champ partisan autour de formations acquises à l'exécutif ont réduit l'enjeu du scrutin à la répartition interne d'une majorité connue d'avance. Une part de l'électorat en a tiré la conclusion rationnelle. Sans compétition réelle, le vote perd sa fonction.


Des listes incomplètes au bénéfice du RND et du FLN.


Le déroulement du vote à l'étranger ajoute un contentieux juridique au problème politique. Des observateurs du processus relèvent que deux listes auraient été admises avec sept candidats au lieu des huit exigés par la loi organique, celle du RND dans la première circonscription de l'émigration (Paris) et celle du FLN dans la quatrième (Tunis). Les deux formations concernées sont les principaux soutiens du gouvernement. Si l'irrégularité se confirme devant la Cour constitutionnelle, chargée de valider les résultats, elle poserait la question de l'application uniforme du droit électoral, précisément sur le segment du scrutin où la défiance est la plus forte.


Sur le plan matériel, l'organisation n'appelle pas de réserve. 13 664 centres, 63 385 bureaux, une proclamation attendue dans les jours à venir pour 407 sièges. C'est la distinction entre régularité procédurale et légitimité politique qui structure désormais le débat. Une assemblée élue par un cinquième du corps électoral conserve sa validité juridique. Son autorité pour porter les réformes annoncées, notamment économiques, dans un contexte de tensions budgétaires et de renégociation des équilibres extérieurs, relève d'un autre registre. Les précédents de 2021 l'ont montré, une chambre faiblement élue pèse peu face à l'exécutif et n'offre aucun relais en cas de crise sociale.


La présidence a maintenu sa ligne. Cité par l'agence APS, Abdelmadjid Tebboune a estimé jeudi que le scrutin se déroulait dans de bonnes conditions. Le ministre de l'Intérieur, Saïd Sayoud, s'est montré plus prudent, refusant de commenter les taux en cours de journée et se limitant à « un appel aux Algériennes et aux Algériens pour se rendre en force aux urnes ». La composition de l'Assemblée sera connue sous peu. Sa capacité à représenter le pays, elle, est déjà chiffrée.


Amine B

 
 
 

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