top of page

Bouira, 1964 : Treize vies pour une indépendance qui voulait aussi la liberté

  • il y a 21 heures
  • 3 min de lecture

Stèle commémorative sur le lieu du massacre
Stèle commémorative sur le lieu du massacre

Le 17 juillet 2026 marque le soixante-deuxième anniversaire d’un épisode longtemps enfoui dans les marges de l’histoire officielle : la mort de treize maquisards du Front des Forces Socialistes, tombés au village Halassa, commune d’Ath Rached, dans la wilaya de Bouira. Leur disparition, survenue le 17 juillet 1964, demeure l’un des symboles les plus puissants de la résistance politique post‑indépendance, un moment où la quête de démocratie s’est heurtée frontalement à la consolidation autoritaire du jeune État algérien.


Au lendemain de l’indépendance, l’Algérie vit sous tension. Le pouvoir central, dirigé par Ahmed Ben Bella et soutenu par une armée triomphante, impose un modèle unipartite qui marginalise les voix dissidentes. Parmi elles, celle de Hocine Aït Ahmed, fondateur du FFS, qui refuse la confiscation de la souveraineté populaire et appelle à un pluralisme politique réel. La Kabylie devient alors le théâtre d’une insurrection silencieuse, menée par des groupes de maquisards convaincus que l’indépendance n’a de sens que si elle s’accompagne de libertés politiques.


C’est dans ce contexte que s’inscrit la tragédie de Halassa. Le 17 juillet 1964, une unité de treize combattants du FFS est encerclée par des forces de l’ANP. Le siège dure des heures. Les témoignages recueillis au fil des décennies évoquent un assaut d’une rare violence : les soldats auraient incendié la colline pour empêcher toute retraite, piégeant les maquisards dans un brasier. Certains sont morts brûlés vifs. Les survivants, grièvement blessés, ont été achevés ou laissés sans secours. Les corps ont ensuite été exposés publiquement à Ath Leqsar, dans une mise en scène destinée à briser toute velléité de résistance.


Les noms des treize martyrs sont aujourd’hui gravés dans la mémoire locale : Azouaoui Mohamed, Arab Mohamed, Hamali Mouloud, Kefil Ali, Kherroubi Boukherrouba, Rahiche Ali, Rahiche Raâche, Rezaoui Amar Ben Tahar, Rezig Mohamed Ben Ali, Talbi Ali Ben Hamou, Younès Athmane, Chaïb Yahi — mort quelques jours plus tard — ainsi que Guettal Ali et Boumedhel Boualem, tombés dans des combats connexes. Tous étaient jeunes, déterminés, convaincus que la démocratie devait être le prolongement naturel de la lutte anticoloniale.


Pendant des décennies, leur histoire a été reléguée dans les marges, évoquée seulement dans les cercles militants ou au sein des familles endeuillées. Ce n’est qu’à partir des années 2000 que la mémoire de Halassa a commencé à émerger publiquement, notamment grâce à l’érection d’une stèle commémorative sur le lieu du massacre. Chaque année, des citoyens, des militants et des descendants se rassemblent pour honorer ces hommes dont le sacrifice a longtemps été passé sous silence.

Leur combat, pourtant, dépasse le cadre local. Il interroge la nature même de l’État algérien à ses débuts, la violence politique qui a accompagné la construction du pouvoir, et la fracture durable entre une partie de la Kabylie et les institutions centrales. Les treize martyrs de Halassa incarnent une vérité historique : l’indépendance n’a pas mis fin aux luttes pour la liberté, elle en a ouvert une nouvelle séquence, souvent plus complexe, parfois plus tragique.


En ce 17 juillet 2026, leur mémoire résonne avec une intensité particulière. Dans un pays où les débats sur la démocratie, la légitimité politique et la place des oppositions restent brûlants, l’hommage rendu aux martyrs du FFS prend la forme d’un rappel : la quête de liberté est un processus inachevé, un héritage transmis de génération en génération. Leur sacrifice, longtemps occulté, s’impose désormais comme un chapitre incontournable de l’histoire nationale.


Gloire à nos martyrs. Leur combat continue de parler, non comme une relique du passé, mais comme une exigence pour l’avenir.


Yacine M


bottom of page