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Tebboune promet l’ouverture à Berlin, mais l’affaire Boudour révèle l’envers du décor

  • il y a 10 heures
  • 2 min de lecture

La dernière déclaration du président Abdelmadjid Tebboune depuis Berlin, affirmant que « les opposants sont les bienvenus en Algérie » et que « chacun peut critiquer librement », se heurte frontalement à la réalité vécue par de nombreux journalistes et militants. Le témoignage de Saïd Boudour, publié cette semaine, en est l’illustration la plus directe et la plus dérangeante.


Saïd Boudour rappelle qu’il est interdit de quitter le territoire national depuis septembre 2019, une mesure émise par l’ex‑patron de la DGSN, Abdelghani Hamel, et toujours en vigueur. Depuis cette date, il a été poursuivi dans deux affaires pénales : la première pour « atteinte au moral de l’armée en temps de paix » et « outrage à corps constitué », accusations qui l’ont conduit en prison ; la seconde pour « complot contre l’autorité de l’État visant à renverser le régime » et « adhésion à une organisation terroriste », qui lui ont valu trente-trois mois de contrôle judiciaire devant le pôle pénal spécialisé. À ces procédures s’ajoute un élément révélateur de l’opacité administrative : « J’ai adressé plusieurs courriers à la DGSN et au parquet depuis juin 2024, aucune réponse favorable », écrit-il.


Ce témoignage, loin d’être isolé, rejoint les constats répétés des organisations de défense des droits humains, qui documentent l’usage extensif des ISTN, les poursuites pour des publications sur les réseaux sociaux, les accusations disproportionnées et les contrôles judiciaires prolongés. Il met en lumière un décalage profond entre le discours diplomatique tenu en Europe et les pratiques répressives observées sur le terrain. Alors que Tebboune cherche à rassurer ses partenaires européens sur l’ouverture politique du pays, les faits rapportés par Boudour montrent une administration qui ignore les recours, une justice qui s’étire dans le temps et un appareil sécuritaire qui continue de cibler les voix critiques.



Cette contradiction soulève une question centrale : comment le président espère-t-il convaincre la diaspora de revenir, de s’investir ou de croire à une ouverture politique, lorsque même des Algériens vivant dans le pays sont empêchés de voyager, poursuivis pour leurs opinions et privés de réponses administratives élémentaires ? La diaspora observe ces situations, les compare aux déclarations officielles et en tire une conclusion simple : si un journaliste connu, vivant en Algérie, ne peut pas obtenir la levée d’une ISTN malgré des démarches répétées, que peut espérer un opposant vivant à Paris, Montréal ou Londres ?


Dans son message,le journaliste Saïd Boudour conclut pourtant par une phrase qui sonne comme un acte de résistance : « مازال كاين l’espoir وعلاش نقطعوا لياس ». Malgré les années de procédures, malgré l’interdiction de voyager, malgré les accusations qui pèsent sur lui, il refuse de céder au désespoir. Son témoignage rappelle que, derrière les discours officiels, l’espoir demeure une forme de lutte, et que la parole des militants reste l’un des rares espaces où se dit encore la vérité du pays.


La rédaction


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