En Algérie, on n’arrête plus les infractions… mais ceux qui les révèlent
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Une femme a été arrêtée et condamnée, jeudi 16 juillet, à une année de prison ferme par un tribunal d’Oran. Son crime ? Avoir filmé l’incendie qui a ravagé un immeuble de sa ville le 12 juillet. La justice lui a reproché d’avoir « diffusé de fausses informations susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique ». Pourtant, l’explosion du gaz qui a soufflé deux appartements provoquant des blessures parmi les habitants et les agents de la protection civile, ont fait l’objet d’une communication officielle. Les deux familles impactées sont même relogées lors d’une cérémonie couverte par les médias traditionnels.
Ce qui est arrivé à cette dame n’est pas un acte isolé. Au mois de mai, un jeune algérois a été écroué parce qu’il posté sur sa page facebook une information faisant état de la mort de certains moutons importés de Roumanie. Le lendemain, il a été interpellé et présenté aux médias menottés et accusé de « présenter au public de fausses informations ». Le temps lui a pourtant donné raison puisque la semaine dernière, le parquet d’Alger a annoncé l’arrestation de certains responsables impliqués dans l’importation de ces bêtes. Il a même révélé que des dizaines d’ovins sont morts après leur arrivée dans le pays. Cela n’a pas eu d’impact sur le sort du jeune homme qui se trouve toujours en prison.
Au lendemain des élections législatives, une dame a été arrêtée à Oum-El-Bouaghi après avoir publié des vidéos de ce qu’elle a présenté comme « une opération de fraude électorale ». Elle a été écrouée et condamnée pour les faits de « diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux ». Des accusations qui rappellent des faits similaires qui se sont produits lors des inondations de l’hiver dernier à Relizane ou dans d’autres régions. Cela se répète donc.
En plus des abus d’autorité qu’elles confirment, ces condamnations disent une réalité amère dans laquelle le pouvoir actuel plonge le pays : on ne condamne plus les faits, les violations de la loi ou les infractions. On accuse ceux qui en parlent, qui lancent des alertes. C’est d’ailleurs pour cela que dans le sillage de l’élaboration d’une série de lois liberticides en 2021, les autorités ont mis en place une loi pénalisant les publications sur les réseaux sociaux. Si dans certains cas cette légifération peut être justifiée par le fait de mettre fin à la jungle des réseaux sociaux, son utilisation pour limiter la liberté d’expression ou, pire, l’action des lanceurs d’alerte est un abus de pouvoir manifeste, un acte répressif de premier ordre. En condamnant ces « journalistes citoyens », les autorités visent en réalité à empêcher toute dénonciation des forfaits des gouvernants. Toute critique ou publication relevant les manquements des responsables de l’Etat ou leurs forfaits est donc criminalisée pour faire place nette aux dirigeants qui peuvent donc agir en toute impunité !
Essaïd Wakli