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Cent cinquante ans après leur déportation, les Algériens du Pacifique cherchent encore une reconnaissance

  • 23 avr.
  • 3 min de lecture
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Déportés par la France coloniale à la suite des révoltes du XIXe siècle, les ancêtres des quinze mille Calédoniens d'origine algérienne n'ont jamais obtenu de reconnaissance mémorielle pleine et entière. Ni en France, ni en Algérie.


Brahim Mohamed, déporté en 1864, fut le premier Algérien envoyé en Nouvelle-Calédonie. Son nom figure dans un registre de l'administration pénitentiaire coloniale, orthographié phonétiquement par un fonctionnaire qui ne parlait pas arabe. C'est à peu près tout ce qu'on sait de lui. Pour des milliers d'autres, même ce maigre témoignage n'existe pas.


Les déportations massives débutèrent entre 1872 et 1874 à la suite de la répression de la révolte de Mokrani, puis une deuxième vague intervint dans les années 1882-1885 après les soulèvements dans le Sud algérien. Au total, 42 convois transportèrent 2 166 hommes. Une soixantaine périrent en mer ou à l'arrivée. La rupture avec l'Algérie fut organisée méthodiquement : les déportés algériens étaient exclus des lois qui permettaient aux autres condamnés d'être accompagnés par leurs femmes. L'administration coloniale altérait systématiquement leurs noms, inversant patronymes et prénoms selon une orthographe aléatoire. Ce brouillage délibéré des identités est aujourd'hui l'un des obstacles majeurs au travail de mémoire des descendants. Près de dix mille familles ont néanmoins réussi à retrouver leurs racines.


Ce travail de reconstitution, ils l'ont mené seuls, pendant des décennies. C'est dans les années 1980 que s'organisa un premier voyage de descendants au pays des ancêtres, grâce notamment au professeur Seddik Taouti, qui contribua à la redécouverte de cette page de l'histoire algérienne. Une série de films, “Les Témoins de la Mémoire”, réalisée par Saïd Oulmi et Fatiha Si Youcef pour la télévision algérienne, puis des voyages de retour associatifs et individuels, vinrent couronner cette réappropriation lente du passé. L'anthropologue Mélica Ouennoughi en fit sa spécialité, retraçant notamment la présence algérienne à travers la culture du palmier dattier : dans la région de Pouembout, une variété de dattes porte encore le nom d'un déporté politique du nom de Mamâar, des Ouled Zekri, qui l'aurait plantée par semis de noyau pour marquer le lien avec son terroir d'origine.


En Algérie, la révolte de 1871 est commémorée, et des figures comme le cheikh El Haddad ou El Mokrani font l'objet d'une mémoire nationale valorisée. Mais la dimension Pacifique reste largement absente des manuels scolaires et des commémorations officielles. C'est une mémoire suspendue au départ. Les gestes institutionnels algériens vers les descendants ont été rares : une invitation d'une douzaine de descendants en 1986 par le ministère des Affaires religieuses, une visite organisée en 2005 par le ministère des Moudjahidines, la dernière en novembre 2011. Le 5 juillet 2021, une stèle commémorative fut inaugurée à Alger en présence des autorités nationales.


En France, le sujet est resté plus longtemps encore dans l'angle mort. Sur la stèle de l'île des Pins qui commémore la déportation des communards de 1871, deux noms musulmans figurent parmi les proscrits. Ceux d'insurgés d'une autre révolte, la même année, traités à l'égal des communards dans le marbre, mais pas dans les lois d'amnistie. Les amnisties de 1879 et 1880 ne furent appliquées qu'aux communards. Les Algériens attendirent 1895, et ne furent autorisés à rentrer qu'en 1904.


Le député Abdelwahab Yagoubi, dans sa question parlementaire du 7 mars adressée au ministre Attaf, a insisté sur un point : on ne parle pas de simples migrants, mais de déportés. La distinction n'est pas sémantique. Elle conditionne la nature de la reconnaissance à laquelle cette communauté peut légitimement prétendre. La réponse du ministre, rendue publique ces derniers jours, évoque une approche “globale, historique, humaine et institutionnelle”. Le calendrier, lui, reste vierge.


Amine B.


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