Contrôles judiciaires, interdictions, procès : le calvaire silencieux des militants algériens
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Dans le climat général de terreur qu’impose le pouvoir algérien, des dizaines de citoyens sont privés de leurs libertés même s’ils ne sont pas en prison. Contrôles judiciaires qui s’éternisent, des procès à rallonge, des arrestations arbitraires et des accusations farfelues sont le lot quotidien de beaucoup d’Algériens dont le cauchemar ne prend pas fin sept ans après le déclenchement du hirak le 22 février 2019.
Des figures politiques, journalistiques et militantes illustrent en effet cette situation de l’arbitraire. Ainsi, six ans après sa première arrestation, l’ancien premier secrétaire national du FFS, Karim Tabbou, vit toujours sous le régime du contrôle judiciaire. Chaque lundi, il doit se présenter dans un bureau de la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), sise à Beni-Messous, pour signer un registre de présence. Il est poursuivi dans des affaires liées à ses prises de position publiques. Alors que la loi limite les délais de contrôle judiciaire à un maximum de 12 mois, Karim Tabbou est soumis à cette obligation depuis au moins 4 années ! Plus que cela, comme beaucoup de ses semblables, l’homme est interdit de quitter le pays.
Il en est de même pour Mohcine Belabbas. L’ancien président du RCD a été condamné, en 2024, à une peine de 6 mois de prison ferme dans une affaire liée à l’emploi illégal d’un ressortissant étranger (que le concerné nie et considère que le procès est politique). Malgré cette condamnation, l’ancien député continue de se présenter chaque semaine au tribunal de Hussein-Dey pour marquer sa présence. A cela s’ajoute l’interdiction de quitter le territoire national. C’est aussi le cas de l’intellectuel Fodil Boumala, qui, malgré une condamnation en 2023, n’arrive toujours pas à récupérer tous ses droits.
Ce que vit le journaliste Mustapha Bendjama et le militant Abdelkrim Zeghileche dépasse tout entendement : les deux hommes comptent à eux seuls plus d’une trentaine de poursuites et condamnations. Ils sont traînés sans cesse devant les tribunaux qui les accusent et les condamnent, dans l’écrasante majorité des situations, à des peines d’un à deux ans de prison ferme, assortie d’amendes. Abdelkrim Zeghileche affiche même un record d’amendes à payer, qui s’élèvent à plus de 5 millions de dinars. Mustapha Bendjama, lui, détient la palme d’or du nombre de 24 condamnations et le calvaire n’est pas fini puisque les deux hommes reçoivent, sans discontinu, des convocations.
Des fois, cet arbitraire a un autre visage : une condamnation et un emprisonnement pour rien ! C’est ce qui est arrivé à Lyès Touati qui vient de passer deux mois derrière les barreaux avant d’être… blanchi par la cour de justice de Béjaïa. Avant lui, d’autres militants avaient été condamnés à des peines finalement annulées en deuxième instance. Cela au moment où des dizaines d’autres détenus d’opinion croupissent en prison depuis près de deux ans pour certains, sans perspective de procès !
Essaïd Wakli



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