Décès de l’historien Mohamed Harbi, figure majeure du nationalisme algérien
- cfda47
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

L’historien et militant algérien Mohamed Harbi s’est éteint aujourd’hui à Paris à l’âge de 92 ans, après quatre jours de lutte contre une infection pulmonaire dans un hôpital de la capitale française. Avec lui disparaît l’un des plus grands spécialistes du nationalisme algérien et l’un des témoins les plus lucides de la guerre d’indépendance.
Né le 16 juin 1933 à El Harrouch, dans l’est de l’Algérie, Mohamed Harbi s’engage très jeune dans le Front de libération nationale (FLN).
Durant la guerre d’indépendance, il occupe des responsabilités politiques de premier plan avant d’être nommé, après 1962, ambassadeur en Guinée puis conseiller du président Ahmed Ben Bella. Son parcours bascule en juin 1965, lorsque le coup d’État mené par Houari Boumediene le contraint à l’exil. Il ne remettra plus jamais les pieds dans l’Algérie indépendante.
Mohamed Harbi voyait dans le Hirak un soulèvement profondément légitime, né d’un rejet massif de la dépossession politique et de l’oppression qui, selon lui, avaient marqué l’Algérie depuis l’indépendance. Il considérait ce mouvement populaire comme l’expression d’une société décidée à reprendre en main son destin, refusant les solutions imposées par le pouvoir et les tentatives de simple « replâtrage » du système.
Pour Harbi, le Hirak portait l’espoir d’une refondation démocratique fondée sur la citoyenneté, la transparence et la rupture avec les pratiques autoritaires héritées du passé, une occasion historique de reconstruire un projet politique réellement au service du peuple.
Défenseur infatigable de la démocratie, des droits humains et de l’émancipation des peuples, il reste toute sa vie un esprit libre, critique et profondément humaniste. Décédé à Paris à l’âge de 92 ans, il laisse une œuvre considérable et un héritage intellectuel essentiel pour comprendre l’Algérie contemporaine.
Un intellectuel libre, souvent dérangeant
Très tôt sensibilisé aux questions politiques, il rejoint les milieux nationalistes alors qu’il est encore étudiant. À la fin des années 1940 et au début des années 1950, il s’investit dans les organisations proches du mouvement indépendantiste. Le coup d’État de Houari Boumediene en 1965 bouleverse son destin : arrêté puis assigné à résidence, il parvient à s’exiler en France.
Installé en France, Harbi entame une carrière universitaire brillante. Professeur à Paris‑VIII, Paris‑Descartes puis Paris‑VII, il s’impose comme l’un des historiens les plus rigoureux et les plus critiques du mouvement national algérien. Ses travaux, dont Le FLN : mirage et réalité ou encore Une vie debout, ont profondément renouvelé la compréhension de la lutte anticoloniale et des premières années de l’État algérien.
Refusant les récits officiels comme les mythologies héroïsantes, Harbi revendiquait une approche exigeante, fondée sur les archives, la mémoire et la confrontation des points de vue. Cette liberté intellectuelle lui valut autant d’admirateurs que de détracteurs, notamment au sein des cercles officiels algériens, qui ne lui ont jamais accordé la reconnaissance à laquelle son œuvre aurait pu prétendre.
Un militant de l’émancipation humaine
Au‑delà de son travail d’historien, Mohamed Harbi fut toute sa vie un militant de la justice sociale, de l’autodétermination et des droits humains. Son engagement dépassait largement les frontières algériennes. « Œuvrons tous ensemble pour construire une nation de citoyens et vivre en paix avec nos voisins », déclarait‑il encore récemment, fidèle à une vision humaniste et universaliste.
Ses écrits, enseignés dans de nombreuses universités, continuent d’inspirer chercheurs, étudiants et lecteurs désireux de comprendre les dynamiques politiques du Maghreb et les enjeux de la décolonisation.
Une disparition dans la discrétion
Décédé loin de son pays natal, Mohamed Harbi laisse derrière lui une œuvre considérable et un héritage intellectuel majeur. Sa famille, qui a demandé un moment d’intimité pour faire son deuil, communiquera ultérieurement la date des obsèques.
Avec sa disparition, l’Algérie perd l’un de ses penseurs les plus lucides, l’un de ses historiens les plus exigeants, et l’un de ses témoins les plus précieux.
Nadia B



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