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Elaine Mokhtefi : disparition d’une grande amie de l’Algérie et figure majeure des luttes anticoloniales

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Elaine et Omar Mokhtefi
Elaine et Omar Mokhtefi

Elaine Mokhtefi s’est éteinte le 11 septembre à New York, à l’âge de 98 ans. Avec elle disparaît l’une des grandes voix internationales de la lutte anticoloniale, une militante dont le parcours singulier a accompagné, soutenu et parfois façonné des moments décisifs de l’histoire algérienne contemporaine. L’année dernière encore, elle célébrait ses 97 ans à Alger, invitée par le Festival international d’Alger et l’Association des Amis de la Révolution. Elle devait revenir le 10 octobre prochain pour célébrer un événement qu’elle attendait avec une émotion profonde : l’acquisition de la nationalité algérienne, obtenue après la signature du décret de naturalisation par le président Abdelmadjid Tebboune. Jusqu’à ses derniers jours, elle exprimait son impatience de retrouver « son pays de cœur ».


Née Elaine Klein en 1928 à New York, elle deviendra Elaine Mokhtefi après son mariage avec l’écrivain et ancien membre de l’ALN Mokhtar Mokhtefi. Très tôt, elle s’engage dans les luttes antiracistes et anticoloniales. En 1952, à Paris, elle assiste au cortège du Premier mai où elle rencontre des militants ouvriers algériens. Six ans plus tard, elle participe à la conférence panafricaine des peuples d’Accra, au Ghana, où elle croise Frantz Fanon et Mohamed Sahnoun. Cette rencontre scelle son engagement au sein du FLN. Installée à New York, elle travaille dès 1960 pour le bureau local du GPRA et du FLN aux côtés d’Abdelkader Chanderli, en lien étroit avec M’hamed Yazid. En 1961, lorsque Fanon est hospitalisé à Washington, Chanderli lui confie la mission de veiller sur lui. Elle le visite régulièrement, soutient sa famille et prend en charge son fils Olivier, alors âgé de six ans.


À l’indépendance, en 1962, Elaine Mokhtefi s’installe à Alger où elle vivra douze ans. Elle travaille dans plusieurs institutions de l’État algérien et devient journaliste à l’Algérie Presse Service (APS), couvrant les grandes dynamiques du tiers‑monde. En 1969, lors du premier Festival panafricain d’Alger, elle joue un rôle central dans l’accueil des délégations révolutionnaires africaines et de la section internationale des Black Panthers. Elle organise notamment l’exfiltration clandestine d’Eldridge Cleaver, passé par Cuba avant de rejoindre Alger. Son parcours la conduit à côtoyer des figures majeures de la lutte anticoloniale et révolutionnaire, parmi lesquelles Eldridge Cleaver, Fidel Castro, Houari Boumédiène, Ahmed Ben Bella, Ho Chi Minh et Frantz Fanon.


En 2019, elle publie Alger, capitale de la révolution. De Fanon aux Black Panthers aux éditions La Fabrique, ouvrage qu’elle traduit elle-même pour les éditions Barzakh. Le livre, aujourd’hui épuisé, constitue un témoignage essentiel sur l’Algérie révolutionnaire et sur les circulations politiques qui ont fait d’Alger un foyer international des luttes de libération.


Avec la disparition d’Elaine Mokhtefi, l’Algérie perd une militante d’une intégrité rare, une femme dont la fidélité à la cause algérienne ne s’est jamais démentie. Son engagement, son courage et son attachement profond à l’Algérie demeurent comme un héritage précieux. Paix à son âme.



Yacine M

 
 
 

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