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Empêché de s'envoler pour Tunis, le sociologue Samir Larabi est injoignable depuis ce matin

il y a 1 minute
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Le doctorant et chercheur en sociologie Samir Larabi a été empêché, ce dimanche matin à l'aéroport d'Alger, de prendre son vol pour Tunis, où il était attendu à un colloque sur la politique industrielle verte. Son dernier message est parvenu à ses proches à 6 h 40, puis plus aucune nouvelle. Sa thèse reste par ailleurs bloquée par le rectorat de l'université de Béjaïa depuis 2023.


Selon l'alerte diffusée par ses camarades, Samir Larabi s'est présenté ce dimanche 25 octobre à l'aéroport d'Alger pour rejoindre la capitale tunisienne et n'a pas été autorisé à partir. Il a envoyé un message à 6 h 40. Sa famille ignore où il se trouve et, a fortiori, s'il est retenu quelque part. Il n'avait reçu cette fois, précisent les mêmes sources, aucune notification d'interdiction de sortie du territoire national (ISTN). Au moment de boucler ces lignes, aucune autorité n'avait rendu publique la moindre explication.


Il devait intervenir les 26 et 27 octobre, à l'hôtel Majestic de Tunis, lors d'une rencontre organisée par la Fédération générale de l'électricité et du gaz de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) et par le Transnational Institute (TNI). Les organisateurs l'avaient invité à présenter ses travaux sur l'industrialisation verte en Algérie. Le thème est au cœur de leur propre travail. En avril, le TNI a publié un rapport de la chercheuse Ines Zaghdoudi sur la politique industrielle verte en Tunisie, qui avertit que la transition peut devenir « le nouveau masque de la dépendance ». Le 21 avril, la fédération syndicale avait tenu une conférence de presse pour mettre en garde contre une production d'électricité renouvelable passant sous la coupe d'intérêts étrangers, avant de manifester devant le Parlement le 28. Rien dans l'objet de la rencontre n'éclaire, à ce stade, l'empêchement dont il est victime.


Le sociologue, ancien membre du Parti socialiste des travailleurs, figure parmi les cas documentés par Human Rights Watch et MENA Rights Group dans un communiqué du 3 février 2025. Selon les deux organisations, la police lui a notifié en septembre 2022 une interdiction de voyager ordonnée par le procureur d'Annaba, renouvelée environ trois mois plus tard. Personne ne lui a jamais signifié qu'elle avait été levée. En décembre 2022, un juge l'a inculpé, avec plus de vingt autres personnes, dans une affaire de levée de fonds non autorisée. Condamné par contumace en juillet 2023 à deux ans de prison et à une amende, il dit n'avoir jamais été avisé de la tenue du procès et avoir appris sa condamnation sur les réseaux sociaux. Il expliquait alors aux deux ONG que cette interdiction le pénalisait comme chercheur, puisqu'il ne pouvait plus participer à des conférences à l'étranger. On ignore si ces antécédents sont en cause dans l'empêchement d'aujourd'hui.


La Constitution de 2020 garantit, à son article 49, le droit d'entrer et de sortir du territoire national. Elle précise que toute restriction doit être limitée dans le temps et ordonnée par une décision motivée de l'autorité judiciaire. Dans sa rédaction de 2015, le Code de procédure pénale permettait au procureur d'ordonner une ISTN pour les besoins d'une enquête, pour trois mois renouvelables une seule fois, sauf en matière de terrorisme ou de corruption. L'article 49 du même code, introduit par la loi 25-14 du 3 août 2025, encadre désormais ces mesures. Le MENA Rights Group y voit, dans un rapport publié à Genève, un dispositif sans garanties procédurales, contraire aux engagements internationaux de l'Algérie et utilisé comme instrument de contrôle politique. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par Alger, reconnaît à chacun le droit de quitter n'importe quel pays, y compris le sien.


Human Rights Watch et MENA Rights Group avaient recensé 23 cas d'Algériens frappés d'une interdiction de voyager, une pratique en hausse depuis 2022. Aucune de ces personnes n'avait été informée du fondement légal de la mesure. Kaddour Chouicha, ancien vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme, l'a découverte à l'aéroport d'Oran le 24 août 2022 et est resté empêché de voyager pendant près de deux ans. L'avocat Mourad Zenati a été arrêté à la frontière terrestre avec la Tunisie le 9 août 2024, où il a appris qu'un procureur avait signé une interdiction le 1er décembre 2022. Selon Me Abdelghani Badi, des centaines de militants, de journalistes, d'hommes d'affaires et de responsables politiques seraient privés de sortie sans la moindre décision de justice.


Sur le volet universitaire, Samir Larabi a déposé le 8 juin 2023, sur la plateforme Progrès, une thèse intitulée « Mouvement berbériste en Kabylie : entre demande d'intégration et velléités indépendantistes ». Validée par son encadrant puis, à trois reprises, par les instances scientifiques de la faculté des sciences humaines et sociales de l'université Abderrahmane-Mira, elle n'a jamais pu être soutenue. Une pétition publiée en décembre 2025 dénonçait déjà vingt-neuf mois d'entraves de la part de l'administration rectorale. Ses signataires reprochent aussi au conseil scientifique de l'université, instance que la réglementation ne prévoit pas dans ce rôle, de s'être substitué à la justice en traitant un travail scientifique comme une infraction. Parmi eux figurent Lahouari Addi, Nacer Djabi et Naoual Belakhdar. Le sénateur FFS de Béjaïa Mehenni Haddadou a, de son côté, interpellé le président du Sénat sur ce blocage.


Khaled ROUABAH


 
 
 

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