Niger, l'armée algérienne sort de sa caserne

Le Conseil de la nation a approuvé ce dimanche matin l'envoi d'une unité de l'armée au Niger. Les députés se prononcent cet après-midi.
Les sénateurs ont voté en premier. Le Conseil de la nation a donné son feu vert à l'envoi d'une unité de l'armée algérienne au Niger, et l'Assemblée populaire nationale doit lui emboîter le pas à 14 heures. L'article 91 de la Constitution exige l'accord des deux tiers des membres de chaque chambre, après quoi le président de la République, chef suprême des forces armées, tranche. Si les députés suivent, ce sera une première pour l'armée algérienne hors de ses frontières depuis la guerre d'octobre 1973, et la fin d'un interdit que la diplomatie d'Alger a longtemps entretenu.
Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, était attendu pour défendre le dossier devant les deux chambres, avec dix minutes de parole pour chaque chef de groupe. Le document remis à ces derniers ressemble à un exercice de rassurance. L'armée y est présentée comme garante de la souveraineté et de l'intégrité du territoire, mais aussi des « intérêts vitaux et stratégiques » du pays. Alger y promet de rester fidèle à sa doctrine, rejet de l'agression et règlement pacifique des conflits. L'ONU, l'Union africaine et la Ligue arabe sont convoquées en renfort, le maintien de la paix en bannière. La justification tient en une phrase, la montée des menaces transfrontalières au Sahel, le terrorisme et les trafics en tout genre.
Ce texte ne nommait aucun pays, et la convocation, envoyée par message, ne s'accompagnait d'aucun ordre du jour. Le Niger s'est pourtant imposé avant même le vote, tant les indices s'accumulaient. Fin août, l'Algérie a envoyé des avions de combat et leurs équipages à Niamey, une première dans son histoire, après une tentative de mutinerie. Le ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Mody, est venu deux fois à Alger en quelques jours, et sa seconde visite a débouché sur un protocole d'accord militaire. Le Haut Conseil de sécurité s'est réuni dans la foulée, puis les parlementaires ont reçu leur convocation. À la mi-journée, l'effectif, la durée et la mission exacte de cette unité restaient inconnus.
Les chasseurs d'août avaient été présentés comme deux patrouilles aériennes, une formule qui suggérait une mission ponctuelle et laissait ouverte la question de l'aval des élus. Cette fois, il est question d'une unité de l'armée, peut-être pour longtemps, et le Parlement est saisi.
Dans les deux chambres, la majorité soutient ouvertement la politique du président, et le oui des sénateurs n'a surpris personne. Celui des députés ne devrait pas davantage. Pour un pays dont la Constitution s'interdit toujours de recourir à la guerre contre la souveraineté d'autres peuples, tout dépendra de la mission confiée à ces soldats, que nul n'a encore décrite.
Khaled ROUABAH



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