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Inflation : le pouvoir algérien choisit la répression plutôt que les solutions

il y a 1 minute
3 min de lecture

Incapable de freiner une inflation qui érode chaque jour davantage le pouvoir d'achat des Algériens, le régime semble avoir trouvé son ultime recours : la menace et la répression. C'est du moins ce que suggère le dernier texte diffusé par l'APS, l'agence officielle de l'État, qui affirme sans détour que certains acteurs chercheraient à « contrecarrer » les décisions du président Abdelmadjid Tebboune. Une formulation révélatrice d'une conception du pouvoir où la contradiction tend à être assimilée à une forme de délit.


Certes, l'article vise explicitement des commerçants accusés d'avoir abandonné dans des décharges des quantités de fruits et légumes afin de provoquer artificiellement une pénurie et de faire grimper les prix. Le parquet a d'ailleurs ouvert une enquête sur ces faits. Mais l'APS ne se contente pas de rapporter une procédure judiciaire : elle inscrit cette affaire dans un récit politique où toute remise en cause des orientations présidentielles est présentée comme un acte hostile à l'intérêt national.


Or, si l'on s'en tient aux réalités économiques, la flambée des prix observée depuis plusieurs mois trouve son origine dans des facteurs bien plus complexes que les seules pratiques spéculatives. Les restrictions imposées à l'importation de nombreux produits ont contribué à raréfier certaines marchandises sur le marché national. Plusieurs professionnels du secteur agricole ont également évoqué des difficultés d'approvisionnement en semences et intrants, affectant directement les volumes de production et, par conséquent, les prix à la consommation.


Comme souvent face aux crises, les autorités semblent davantage préoccupées par la recherche de responsables que par l'examen de leurs propres choix. Déjà lors des incendies dévastateurs qui ont frappé plusieurs régions du pays, la réaction officielle avait privilégié les hypothèses de complot et de sabotage plutôt qu'une évaluation critique des défaillances institutionnelles. La même logique paraît aujourd'hui à l'œuvre face à l'inflation : plutôt que de remettre en question certaines politiques économiques ou d'exiger des comptes de leurs responsables, les dirigeants désignent de nouveaux coupables.


Pourtant, aucun discours sécuritaire ne peut faire reculer une inflation alimentée par des déséquilibres économiques réels. Les prix ne baissent pas sous l'effet des communiqués officiels ou des poursuites judiciaires ; ils répondent avant tout aux règles de l'offre, de la demande, de la production et de la circulation des marchandises.


Plus préoccupante encore est cette tendance croissante à assimiler la critique à une menace. La difficulté du pouvoir à accepter la contradiction n'est plus seulement un problème politique ; elle devient un risque pour la stabilité même du pays. Lorsqu'un État ferme progressivement les espaces d'expression, limite le débat public et perçoit toute contestation comme une agression, il s'interdit de comprendre les causes profondes du mécontentement social.


Les déclarations du ministre de l'Intérieur, Brahim Merad, s'inscrivent dans cette logique. En affirmant que l'Algérie serait « ciblée » et que certains chercheraient à y importer les troubles observés en France, le ministre renvoie les tensions sociales à des influences extérieures plutôt qu'à des difficultés internes. Pourtant, les mouvements de contestation qui surgissent dans les sociétés modernes trouvent souvent leur origine dans des préoccupations bien concrètes : la dégradation du niveau de vie, le chômage, les inégalités sociales, la faiblesse des services publics ou encore l'absence de perspectives pour la jeunesse.


C'est précisément ce qui alimente aujourd'hui les inquiétudes du pouvoir algérien. Car la hausse continue des prix, l'érosion des revenus et le sentiment d'impasse économique constituent un terrain propice aux frustrations populaires. Au lieu d'ouvrir un débat sur ces réalités, les autorités privilégient la surveillance, les mises en garde et la judiciarisation croissante de la vie publique.


L'histoire montre pourtant qu'aucune société ne résout durablement ses crises en réduisant au silence les voix discordantes. À force de verrouiller les espaces d'expression et d'empêcher l'émergence de solutions alternatives, le pouvoir risque de transformer des difficultés économiques en crise politique. Car lorsqu'une cocotte-minute accumule trop de pression sans échappatoire, l'explosion finit toujours par devenir une possibilité.



Essaïd Wakli


 
 
 

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