Entre impunité et suspicion : les limites de la politique de « main tendue »
- cfda47
- il y a 1 jour
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Quelques heures après l’annonce par Abdelmadjid Tebboune du lancement de la politique de « la main tendue », les premiers « bénéficiaires » ont commencé à se manifester. Pourtant, deux semaines après cette décision, de nombreuses zones d’ombre subsistent.
Lorsque le président a présenté, le 11 janvier, une nouvelle phase de la politique de « lam echaml » — initiée en 2023 pour permettre à certains opposants installés à l’étranger de rentrer en Algérie à condition de signer un engagement à ne « plus récidiver » — il ne s’attendait sans doute pas à ce que son initiative suscite autant d’ambiguïtés. Les autorités ont-elles volontairement rendu la mesure difficile à appliquer ? La question se pose. Ce qui est certain, selon plusieurs sources, c’est que les responsables consulaires chargés d’accueillir les personnes concernées avancent dans le flou le plus total.
Parmi les incohérences relevées figure le cas des migrants clandestins condamnés en Algérie pour des délits de droit commun. « Imaginons qu’un jeune ait été condamné pour vol. La mesure actuelle prévoit que sa condamnation soit annulée et qu’il puisse rentrer. Mais qui rendra justice à la victime ? », s’interroge un responsable impliqué dans le traitement des dossiers de harragas en situation précaire en Europe. Une telle approche risque en effet d’alimenter un sentiment d’impunité, d’autant que ces cas sont loin d’être isolés.
La dimension politique de cette mesure pose également problème. Outre la méfiance de certains militants, activistes ou simples citoyens ayant participé aux manifestations de 2019, de nombreux émigrés rejettent l’idée de devoir signer un « engagement de non-récidive ». Sur quoi devraient-ils s’engager s’ils n’ont commis aucune infraction ? Et surtout, une activité militante peut-elle être considérée comme un délit nécessitant une forme de repentance ? Cette interrogation touche au cœur même du principe de citoyenneté.
Au-delà de ces contradictions, plusieurs juristes soulignent également l’absence de cadre légal clair encadrant cette politique. Aucune procédure unifiée n’a été communiquée aux consulats, et chaque dossier semble traité au cas par cas, selon l’interprétation locale des instructions. Cette absence de transparence nourrit les soupçons et alimente un climat d’incertitude parmi les concernés.
Des avocats spécialisés dans les affaires de militants affirment recevoir quotidiennement des demandes d’éclaircissement. Beaucoup craignent de se retrouver dans une situation arbitraire : autorisés à rentrer un jour, mais potentiellement poursuivis le lendemain pour les mêmes faits. « Tant que les règles ne sont pas écrites noir sur blanc, personne ne peut garantir la sécurité juridique des personnes visées », explique l’un d’eux.
Dans la diaspora, le débat s’intensifie. Certains y voient une tentative de normalisation politique, d’autres une manœuvre destinée à diviser les opposants. Plusieurs collectifs d’émigrés réclament une amnistie générale, sans conditions, pour tous ceux poursuivis pour des faits liés aux manifestations pacifiques ou à l’expression d’opinions politiques. Selon eux, seule une telle mesure permettrait de restaurer la confiance et de tourner définitivement la page des tensions post-Hirak.
De leur côté, les autorités continuent d’affirmer que la démarche vise à « réunifier les Algériens » et à « apaiser les esprits ». Mais tant que les incohérences persistent, la politique de la « main tendue » risque de produire l’effet inverse : renforcer la méfiance, accentuer les divisions et laisser planer un doute durable sur la volonté réelle de réconciliation.
Essaïd Wakli



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