Extradition de l’ex-député tunisien Seifeddine Makhlouf : une décision qui suscite un tollé
- cfda47
- il y a 2 jours
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L’extradition de l’ancien député tunisien et président de la coalition Al Karama, Seifeddine Makhlouf, depuis le centre de rétention d’Oran en Algérie vers la Tunisie, continue de provoquer une vague de critiques émanant d’ONG, de juristes et d’acteurs politiques. L’opposant, détenu en Algérie depuis juillet 2024, avait pourtant déposé une demande d’asile auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), toujours en cours d’examen au moment de son transfert.
L’extradition depuis l’Algérie de l’ancien député tunisien Seifeddine Makhlouf, figure de la coalition Al Karama, a déclenché une vive controverse des deux côtés de la frontière. Transféré vers Tunis malgré une demande d’asile encore en cours auprès du HCR, son renvoi soulève de nombreuses interrogations sur le respect des garanties juridiques et sur les motivations politiques derrière cette décision.
Dans la foulée de l’extradition, plusieurs figures de l’opposition en Tunisie comme en Algérie ont vivement réagi, allant jusqu’à déconseiller aux militants, journalistes et personnalités critiques des régimes de se rendre dans l’un ou l’autre pays.
Selon eux, l’affaire Makhlouf révèle un risque accru de coopération sécuritaire entre Alger et Tunis, susceptible d’exposer les opposants politiques à des arrestations arbitraires, à des extraditions expéditives ou à des pressions judiciaires.
Ces mises en garde, largement relayées sur les réseaux sociaux, traduisent un climat de méfiance croissant. Certains acteurs politiques affirment que les frontières entre les deux pays « ne sont plus sûres pour ceux qui dérangent », tandis que des ONG évoquent un « signal inquiétant » envoyé à l’ensemble des dissidents de la région.
Une procédure jugée expéditive
Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, l’extradition a été menée « dans la précipitation » et sans que les garanties juridiques habituelles ne soient respectées.
Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) a dénoncé une opération « opaque », évoquant des « manœuvres de contournement » pour éviter que la demande d’asile ne bloque la procédure.
Des avocats spécialisés en droit international rappellent que le principe de non‑refoulement, inscrit dans la Convention de Genève, interdit le renvoi d’un demandeur d’asile vers un pays où il risque des persécutions. Pour eux, l’Algérie s’expose à des critiques sévères sur le respect de ses engagements internationaux.
Inquiétudes sur le sort de Makhlouf en Tunisie
À son arrivée à Tunis, Seifeddine Makhlouf a été immédiatement placé en détention pour purger plusieurs peines prononcées dans des affaires liées à des altercations avec des magistrats militaires et à des accusations d’atteinte à la sûreté de l’État. Ses soutiens dénoncent des poursuites « à caractère politique » visant à neutraliser une figure de l’opposition islamo‑conservatrice.
Des ONG tunisiennes et internationales alertent sur le risque de mauvais traitements et de procès inéquitables, pointant du doigt l’usage controversé de la justice militaire contre des civils depuis 2021.
Un malaise diplomatique latent
L’affaire jette également une ombre sur la coopération entre Alger et Tunis. Certains observateurs y voient un geste politique destiné à renforcer les liens entre les deux capitales, au détriment des normes internationales en matière de protection des réfugiés.
Pour d’autres, cette extradition pourrait créer un précédent inquiétant pour les opposants politiques cherchant refuge dans la région.
Le HCR silencieux pour l’instant
Le Haut-Commissariat aux réfugiés n’a pas encore commenté publiquement l’affaire, mais plusieurs sources proches du dossier indiquent que l’organisation suit la situation « avec attention ».
La question de savoir si l’extradition constitue une violation formelle du droit international reste ouverte, mais les critiques, elles, ne faiblissent pas.
Nadia B



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